La sélectivité des fédérations étudiantes

vendredi 26 février 2010 ·

Je n'aime pas les fédérations étudiantes, parce que comme des partis politiques, elles choissisent les données qui présentent leur rhétorique. Un exercice intéressant est de lire leurs tableaux sans lire leur texte et voir les conclusions qu'on en tire soi-même et ensuite on lit leurs conclusions. C'est fou comment je lis jamais comme eux.

Prenons l'exemple de la CADEUL. Celle-ci publie des mythes des frais de scolarité et porte une attention au travail des étudiants. En prenant seulement les données du Canada, elle présente un portrait sombre du travail des étudiants qui travailleraient plus pour payer leurs frais de scolarités exhorbitants. Par contre voici les choses qu'ils ne disent pas qu'on peut voir quand on regarde la série 282-0095 de Statistiques Canada.
  1. En 2008, le Québec, malgré ses bas frais de scolarité a un taux d'emploi des étudiants (temps partiel et temps plein de 15-24 ans) qui lui vaut la troisième place au Canada après le Manitoba et l'Alberta. Il faut noter que le Manitoba a le troisième plus bas niveau de frais de scolarité moyen au Canada;
  2. En 2008, la province avec les plus haut frais de scolarité, la Nouvelle-Écosse, est aussi la province avec le 2ème plus bas taux d'emploi des étudiants de 15-24 ans.
  3. L'Ontario, malgré les réformes Harris des années 1990, a vu le taux d'emploi des étudiants baisser;
  4. La Colombie-Britannique avec des frais de scolarité d'environ 5,000$ en moyenne a un taux d'emploi des étudiants assez stables;
  5. La plus grosse partie de la hausse du taux d'emploi des étudiants au Québec est après le passage du gel des frais de scolarité;
Pourquoi tant de signes contradictoires avec la thèse de la CADEUL? Parce que comme je l'avais dit ICI, le facteur financier n'explique qu'une petite partie de la décision d'étudier ou non des gens et que l'importance des facteurs financiers dans la décision d'étudier déclinent au Canada depuis 1995.

RIGUEUR, RIGUEUR, RIGUEUR!

Commentaires (4)

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Il n'est pas étonnant, M. Geloso, que votre lecture ne soit pas au diapason de celle des associations étudiantes puisque votre compréhension de lecture semble être à tout le moins déficiente. Dans le cas qui nous occupe, une lecture attentive vous aurait rapidement fait comprendre que la CADEUL n'essaie pas d'établir de lien entre les droits de scolarité et le taux d'emploi. Un tel lien n'existe pas, stricto sensu, comme vous le faites remarquer avec justesse (en omettant avec votre rigueur caractéristique de souligner qu'à Terre-Neuve et Labrador, où les droits sont les plus faibles après le Québec, le taux d'emploi est le plus faible). De toute manière, corrélation n'est pas causation.

Ce que la CADEUL veut souligner, c'est que 1) plus de jeunes travaillent qu'avant et que 2) les jeunes travaillent plus longtemps qu'avant et que donc, dans les circonstances, leur demander de travailler davantage pourrait avoir des conséquences néfastes sur leur cheminement scolaire, hypothèse amplement corroborée par la littérature scientifique (il semble y avoir une influence néfaste au-delà d'environ 20h). La CADEUL invite conséquemment à la prudence si l'on souhaite demander aux étudiants et étudiantes de travailler davantage afin de pallier à une hausse des frais de scolarité. Il s'agirait tout simplement d'une mauvaise mesure.

Le document Enquête sur les conditions de vie des étudiants de la formation professionnelle, du collégial et de l'université produit par l'Aide financière aux études (2007) nous indique de quelle manière les étudiants et étudiantes à l'université utilisent leurs revenus d'emploi. Le Tableau 3.28 (http://grab.by/2Jwi), Répartition des étudiants selon l’usage principal du revenu d’emploi, le statut à l’Aide financière aux études et l’ordre d’enseignement, nous indique qu'à l'université, pour 46,1% des bénéficiaires de l'AFE et 23,6% des non-bénéficiaires, l'usage principal du revenu d'emploi est consacré au logement et à la nourriture, tandis que pour 24,8% des bénéficiaires et 31,7% des non-bénéficiaires l'usage principal est les frais de scolarité et l'achat de matériel scolaire. Les revenus d'emploi semblent conséquemment être une partie intégrante du financement des études universitaires et il est raisonnable de supposer, du moins au Québec, qu'une hausse du coût des études (frais de scolarité ou coût de la vie) créerait une pression sur les revenus d'emploi, ceux-ci étant une source de revenus essentielle pour défrayer ces coûts.

Je vous invite donc à vous informer convenablement et, surtout, à interpréter avec plus d'honnêteté et de bonne foi les gens que vous désirez critiquer. Cette même CADEUL a récemment produit un document fort intéressant sur le financement des universités qui je suis certain vous intéressera: http://www.cadeul.ulaval.ca/cadeul/?Le_financemen...
Il n'est pas étonnant, M. Geloso, que votre lecture ne soit pas au diapason de celle des associations étudiantes puisque votre compréhension de lecture semble être à tout le moins déficiente. Dans le cas qui nous occupe, une lecture attentive vous aurait rapidement fait comprendre que la CADEUL n'essaie pas d'établir de lien entre les droits de scolarité et le taux d'emploi. Un tel lien n'existe pas, stricto sensu, comme vous le faites remarquer avec justesse (en omettant avec votre rigueur caractéristique de souligner qu'à Terre-Neuve et Labrador, où les droits sont les plus faibles après le Québec, le taux d'emploi est le plus faible). De toute manière, corrélation n'est pas causation.

Ce que la CADEUL veut souligner, c'est que 1) plus de jeunes travaillent qu'avant et que 2) les jeunes travaillent plus longtemps qu'avant et que donc, dans les circonstances, leur demander de travailler davantage pourrait avoir des conséquences néfastes sur leur cheminement scolaire, hypothèse amplement corroborée par la littérature scientifique (il semble y avoir une influence néfaste au-delà d'environ 20h). La CADEUL invite conséquemment à la prudence si l'on souhaite demander aux étudiants et étudiantes de travailler davantage afin de pallier à une hausse des frais de scolarité. Il s'agirait tout simplement d'une mauvaise mesure.

Le document Enquête sur les conditions de vie des étudiants de la formation professionnelle, du collégial et de l'université produit par l'Aide financière aux études (2007) nous indique de quelle manière les étudiants et étudiantes à l'université utilisent leurs revenus d'emploi. Le Tableau 3.28 (http://grab.by/2Jwi), Répartition des étudiants selon l’usage principal du revenu d’emploi, le statut à l’Aide financière aux études et l’ordre d’enseignement, nous indique qu'à l'université, pour 46,1% des bénéficiaires de l'AFE et 23,6% des non-bénéficiaires, l'usage principal du revenu d'emploi est consacré au logement et à la nourriture, tandis que pour 24,8% des bénéficiaires et 31,7% des non-bénéficiaires l'usage principal est les frais de scolarité et l'achat de matériel scolaire. Les revenus d'emploi semblent conséquemment être une partie intégrante du financement des études universitaires et il est raisonnable de supposer, du moins au Québec, qu'une hausse du coût des études (frais de scolarité ou coût de la vie) créerait une pression sur les revenus d'emploi, ceux-ci étant une source de revenus essentielle pour défrayer ces coûts.

Je vous invite donc à vous informer convenablement et, surtout, à interpréter avec plus d'honnêteté et de bonne foi les gens que vous désirez critiquer. Cette même CADEUL a récemment produit un document fort intéressant sur le financement des universités qui je suis certain vous intéressera: http://www.cadeul.ulaval.ca/cadeul/?Le_financemen...
Bonjour PJV

Ton commentaire se contredit. Vous dites "Un tel lien n'existe pas, stricto sensu, comme vous le faites remarquer avec justesse" et ensuite vous dites "La CADEUL invite conséquemment à la prudence si l'on souhaite demander aux étudiants et étudiantes de travailler davantage afin de pallier à une hausse des frais de scolarité. Il s'agirait tout simplement d'une mauvaise mesure". Si partie A est vrai et qu'il n y a donc pas de lien entre travail des étudiants et niveau des frais alors l,avertissement de la CADEUL est pas un avertissement, c'est juste répéter ce que StatCan dit. Quant à l'utilisation des revenus, il s'agit d'une analyse statique qui ne questionne pas comment les étudiants auraient eu des revenus pour étudier. Ils auraient pu être fourni par d'autres sources, ce que la CADEUL n'étudie pas. Si elle avait pensé à ce simple point, un regard sur les données américaines auraient montré que les revenus d'emplois servent à payer des frais connexes à la vie étudiante mais que le financement provient principalement des "endowments", des parents, des emprunts, des fondations privées et des groupes d'entreprises. Désolé, encore une fois la CADEUL analyse de manière politique la chose puisqu'elle est comme toute organe du mouvement étudiant, motivée par des intérêts politiques liés à sa situation. C'est la même chose qu'avec le Conseil du Patronat qui dira toujours qu'il a besoin d'argent ou que toutes les réglementations sont mauvaises parce qu'elles coûtent aux entreprises. C'est ca être un groupe d'intérêt...c'est "twister les faits pour gagner des avantages...dsl
1 réponse · actif il y a 787 semaines
Tout d'abord, désolé pour le doublon, ce n'était pas mon intention.

Aussi intéressante que soit votre analyse extra-théorique et sociologique de la situation, vous comprendrez néanmoins qu'il n'est pas possible de la considérer comme étant un argument pertinent dans cette discussion. À ce compte, on pourrait vous adresser exactement la même critique: vous êtes vous aussi sous le joug d'une idéologie. Vous conviendrez avec moi que cela ne nous avancerait dialectiquement pas à grand chose.

Cela dit, au risque de me répéter, une lecture plus attentionnée vous aurait permis d'éviter quelques erreurs de compréhension. S'il n'existe pas de lien entre le taux d'emploi et les droits de scolarité, cela n'exclut pas qu'il puisse en avoir un avec le coût des études en général. Puisque vous avez étudié en économie, vous n'êtes pas sans savoir que le coûts des études inclut notamment les coûts de subsistance, le coût de renonciation, les frais de scolarité, le matériel scolaire, etc. Toutes choses n'étant pas égales par ailleurs, il n'est pas étonnant de ne pas observer une corrélation forte entre le niveau des droits de scolarité et le taux d'emploi. Permettez-moi de citer Statistique Canada, la source que la CADEUL utilise :

«Un marché du travail dynamique qui offrirait aux étudiants à la fois des possibilités d'emploi et des perspectives de revenu décent est d'une importance cruciale pour les jeunes. Les revenus de ces jeunes leur permettent de poursuivre des études postsecondaires, et l'expérience de travail qu'ils obtiennent les aide à acquérir le savoir-faire et les compétences nécessaires pour s'assurer un passage sans heurt sur le marché du travail au terme de leurs études. […] Les coûts des études postsecondaires augmentent, et il semble que, pour de nombreux étudiants, l'épargne personnelle et le revenu qu'ils touchent pendant l'année scolaire ne suffisent pas à couvrir les droits de scolarité ainsi que le coût des livres et des fournitures. Ces constats soulèvent des questions quant à l'accès aux études postsecondaires pour bon nombre d'étudiants, aux autres sources de fonds à leur disposition et au rôle que pourrait jouer un marché vigoureux du travail pour les étudiants dans le financement des études postsecondaires.» (http://www.statcan.gc.ca/pub/81-004-x/2006001/918...

J'imagine que Statistique Canada est affiliée à un groupuscule communiste ou, encore mieux, qu'elle est payée par les méchantes associations étudiantes…

Pour ce qui est de votre homme de paille (un sophisme informel), il semble découler, encore une fois, d'une lecture trop rapide. Le "mythe" auquel la CADEUL répondait était «Les étudiants pourraient travailler davantage» et non «L'emploi est la seule manière que pourraient avoir les étudiants dans tous les mondes possibles afin de pallier à une hausse des frais de scolarité». Je suis convaincu que vous saisissez la nuance entre les deux affirmations. La CADEUL n'avait pas à évaluer la possibilité que les étudiants se vendent à des groupes d'entreprises pour soutenir qu'il serait déraisonnable de demander aux étudiants canadiens de travailler davantage. Tout comme elle n'avait pas à analyser la possibilité d'un régime de bourses universel comme celui qui sévit au Danemark. Ce n'était tout simplement pas pertinent eu égard à l'objectif de départ.

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Au sujet du blogue

Scientifiquement justes, politiquement incorrects

Auteurs

Bryan Breguet est candidat au doctorat en sciences économiques à l’université de Colombie-Britannique. D’origine Suisse, il a passé les cinq dernières années au Québec au cours desquelles il s’est engagé en politique provinciale malgré le fait qu’il ne possédait pas encore la citoyenneté canadienne. Il détient un B.Sc en économie et politique ainsi qu’une maitrise en sciences économiques de l’université de Montréal. Récipiendaire de plusieurs prix d’excellences et bourses, il connaît bien les méthodes quantitatives et leurs applications à la politique.







Vincent Geloso holds a master’s degree in economic history from the London School of Economics, with a focus on business cycles, international development, labor markets in preindustrial Europe and the new institutional economics. His research work examined the economic history of the province of Quebec from 1920 to 1960. He holds a bachelor’s degree in economics and political science from the Université de Montréal. He has also studied in the United States at the Washington Centre for Academic Seminars and Internships. Mr. Geloso has been an intern for the Prime Minister’s cabinet in Ottawa and for the National Post. He has also been the recipient of a fellowship from the Institute for Humane Studies and an international mobility bursary from the Ministère des Relations internationales du Québec. Currently, he is an economist at the Montreal Economic Institute.

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