Qui fait la loi?

lundi 11 mai 2009 ·

Les centrales syndicales viennent d'annoncer leur front commun pour revendiquer des hausses de salaires et de conditions auprès du gouvernement. Pour eux, c'est un moment historique, pour moi c'est du pareil au même.

Un groupe d'intérêt qui forme 40% de la population et qui n'assume pas les coûts des décisions qu'il impose tout en retirant les bénéfices. Pourquoi la CSN, la FTQ et la CSQ devraient t-elles avoir autant de pouvoir auprès du gouvernement. En fait, pourquoi devrions-nous avoir tant de salariés gouvernementaux? Plusieurs programmes gouvernementaux peuvent être revus dans le cadre d'une revue stratégique des dépenses, notamment chez Investissements Québec et dans le ministère du Développement Économique (sans compter aussi les possibilités de privatisation de certains services publics).

Mais bon, admettons qu'on ne doit pas couper certains programmes (personellement, je préconise la suppression de programmes plutôt que de simples coupures), pourquoi devrions nous faire en sorte de fermer l'écart entre le public et le privé. En premier lieu, les salaires du secteur public se financent par la poche du secteur privé (il faut taxer) et donc on réduit le rendement dans les secteurs taxés. Mais bon même là, il faut que j'aille encore plus à la base, la productivité des travailleurs du secteur public justifie t-elle une hausse de salaire?

En fait, si il y a un écart de salaire entre le privé et le public, c'est parce que généralement le privé est plus productif que le public, justifiant ainsi des salaires équivalents le niveau de productivité. Si on paie plus que la valeur de ce qu'on produit (la valeur sociale dans le cas de l'État), c'est ce qu'on appelle ''ne pas avoir pour son pognon''. Le fait que le Québec est la province avec le plus de conflits syndicaux (et considérant que la majorité des syndicats sont dans le secteur public) devrait sonner aussi une cloche au sujet de la productivité du secteur public.

11 commentaires:

Étienne a dit…
11 mai 2009 à 19:42  

Je ne suis pas un grand syndicaliste, mais je suis prof de cégep. Mon salaire, ce n’est pas moi qui le négocie. Je suis un professionnel qui enseigne dans le domaine technique et oui, je ne gagne pas assez pour le travail que j'effectue. Je gagnerais plus dans le privé.

J’ai tout de même choisi ce métier et je compense mon manque à gagner en travaillant durant mes vacances de deux mois dans une firme d'architecture (c'est ce que j'enseigne). Le préjugé du prof de cégep qui ne travaille pas, je l'ai entendu plus souvent qu'à mon tour.

Saviez vous que, mis à part un maximum de salaire plus élevé si tu as un doc ou une maîtrise, le salaire des profs de cégep est le même qu’un prof du secondaire? (Cégep = étude supérieur?)

Ce billet montre à quel point que l’opinion publique ne reconnait pas du tout le travail du secteur public. Des idées folles que nous somme moins « productif », sont hautement choquantes à entendre. La productivité est un concept plutôt incohérent quand il concerne un « produit fini » tel qu’un étudiant. Un humain. Ou encore un service à la population! Je fais les deux, public et privé, et le privé c’est plus facile et reposant. Des vacances.

La différence entre les deux est la suivante:
Au cégep, on est occupé (correction préparation, activité connexe à l'enseignement, etc.), Il y a beaucoup de temps supplémentaire non payé (et sans boni contrairement aux cadres), des périodes intenses (très intenses) de correction, mais l'horaire est flexible. Rien de plus facile que de placer un rendez vous chez le médecin ou à la banque. Appréciable.
Dans le privé, c'est stressant et il y a le patron. Tu arrives chez toi à 5hrs et ta journée est finie (tu n'as pas un pile de 60 élèves à corriger), Le salaire est mieux et je le négocie moi même, mais pas de régime de retraite garanti. Faut des REER.
(Selon L’actualité, le salaire moyen d’un architecte est de 64 000$ et un enseignant collégial est de 55 000$ (actualité 1er juin, page 22 et 29))

Les deux ont chacun leur forces et leurs faiblesses. Faut simplement faire un choix.

Le problème avec le secteur public, c'est que les salaires ne sont pas assujettis aux mêmes facteurs que le privé. Au privé, la rareté de la main d'œuvre, la spécialisation et le type de métier comptent pour beaucoup dans la fixation des salaires. Ces mécanismes sont inexistants dans le public, car c'est l'opinion publique qui est le principal vecteur de décision et le salaire est nivelé peu importe si tu es un prof d'ingénierie ou de français. La négociation syndicale est le seul moyen disponible. Je me vois mal allez cogner à la porte de la ministre pour négocier mon salaire. Beaucoup se sont offusqués de l’étatiste idée de fixer le salaire des grands patrons, mais c’est exactement ce qui nous est arrivé à nous! Le gouvernement a fixé de force nos salaires, et le public a applaudi! Même ceux à droite et qui sont contre l’étatisme!

Le privé paye plus comparativement au public. Trouver des profs dans le futur sera difficile. Les vacances ne sont pas un si grand argument quand tu as une maison à payer, les gens choisissent le salaire.

Et la notion que « En premier lieu, les salaires du secteur public se financent par la poche du secteur privé (il faut taxer) et donc on réduit le rendement dans les secteurs taxés » (je vous cite) ne tiens pas la route sous certains aspects. Le privé ne peut exister que grâce à la formation dont les programmes sont fixés avec les ministères ET l’industrie. Le gouvernement taxe, mais en réalité c’est plus une charge pour les services rendus. Et on les rend ces services. Notre main d’œuvre est tellement bien formée qu’elle va travailler ailleurs!

À mon avis, il serait intéressant de voir comment les choses se passeraient si chaque service du gouvernement avait sa taxe attitrée payé par ceux qui profite du service.

En conclusion, une question : si notre travail est si peu important et improductif, pourquoi faire un tel plat avec une grève? Ah oui! Notre travail est peut-être plus important que vous le penser! Eh bien devinez quoi? Ça se paye.

Messieurs les auteurs de ce bloque (je le lis religieusement, car oui, je me considère à droite, si le cégep serait privé, je serais mieux payé, mais là, ce n’est pas le cas), c’est facile de parler de productivité quand on ne gagne pas encore son salaire et que c’est l’État qui paye, avec l’argent des autres, nos études. (Bon ok c’est un peu facile, mais bon, donnez moi le point goldwin).

L’argent que je reçois de l’état c’est le mien : mon salaire, résultat de mon travail que je fais et très bien (ma côte d’appréciation des élèves est en moyenne de 5,3 sur 6). Les gens que je forme sont des professionnels de qualité dont je suis fier. Encore une fois : Ça se paye.

Mathieu a dit…
11 mai 2009 à 21:52  

@Étienne:

Comme vous dites, je crois que des bons employés, ça se paie. Mais c'est là le problème de notre État: on ne reconnait pas la performance et la compétence des employés, seulement l'ancienneté.

Si les augmentations sont votées, elles iront également à tous, même à ceux qui ne performeront pas plus le lendemain de la prime. C'est tellement dommage pour ceux qui le méritent.

De plus, comme technicien en informatique qui fait de la programmation pour la fonction publique, je gagne autant qu'une secrétaire-réceptionniste ou qu'un simple agent de bureau.
(Est-ce depuis la Loi sur l'Équité salariale ?)

L'exode des élèves que vous formez existe ailleurs, dont en médecine ou en recherche. Tellement d'impôts mais aussi des salaires et des conditions de travail tellement loin d'être compétitives avec les États voisins dans les champs où l'État a décidé de quasiment tout prendre en charge...

Je comprends et partage votre frustration. Mais vous avez la liberté de partir, tout comme moi. Si on peut créer une rareté, l'État n'aura peut-être plus le choix de payer davantage... ou de se retirer un peu plus du domaine en question.

Anonyme a dit…
12 mai 2009 à 08:51  

C'est vraiment hilarant de voir un petit monsieur Geloso qui n'a pas encore eu de vrai boulot, à l'exception de travail d'étudiant, discourir sur la performance du secteur privé vs le secteur public.

J'ai toujours été dans le privé et, syndiqué ou pas, le salaire que je "fightais" personnellement finissait toujours par être celui de mes collègues quelques semaines plus tard. Et, c'est très bien comme ça... quand il n'y a pas de syndicat, ça prend des têtes fortes pour faire avancer les conditions de tout le monde. Performance ou pas. Le RH d'une entreprise fixe des échelles où les performances individuelles sont souvent négligeables en terme de salaire. Encore une fois, c'est très bien comme ça. Les performances, c'est très discutable, un hyper-performant qui massacre l'esprit d'équipe par son sale caractère n'est pas mieux qu'un travailleur moyen qui sait mettre une bonne ambiance générale dans un bureau. Les critères de performance, ce sont des trucs très subjectifs.

Quant à la meilleure productivité du privé... pfff... on voit ça avec la gestion des banques, de l'assurances, des constructeurs automobiles, etc... vraiment éloquent.

La réalité M. Geloso... observez la réalité des choses et sortez de vos théories toutes faites. Il n'y a pas de main invisible et d'économie rationnelle. Personne n'est jamais assez bien payé lorsqu'il s'agit d'engraisser un patron - au public comme au privé.

Mathieu a dit…
12 mai 2009 à 09:43  

«Quant à la meilleure productivité du privé... pfff... on voit ça avec la gestion des banques, de l'assurances, des constructeurs automobiles, etc... vraiment éloquent.»

De quelles entreprises parlez-vous?

Celles à qui ont leur a appris à vivre comme des dépendants de l'État (ex.: certaines papetières, constructeurs automobiles, etc.) ou celles qui performent bien, qui assument seules leurs risques, qui investissent de nouveaux marchés et qui sont efficaces sans subventions ?

Pour moi, il y a deux types: les profiteuses du bien public (on peut quasiment dire "entreprise parapublique" quand on détourne à son profit l'argent de tous les citoyens via l'État...) et les entreprises privées.

Les mauvaises entreprises ne sont pas celles qui sont indépendantes et responsables.

Jean-Paul a dit…
12 mai 2009 à 18:45  

@ Étienne:

Je ne veux pas t'attaquer d'aucune façon, mais je crois qu'il faut préciser certains détails...

Tu dis qu'un prof de Cegep gagne autant qu'un prof du secondaire. Oui. Et c'est autant que le salaire d'un prof du primaire. La différence, ce n'est pas le salaire.

Vois-tu, moi, j'aimerais mieux être un prof d'architecture qui a dans ma classe uniquement des adultes qui ont choisi ce profil de leur plein gré que d'enseigner le français, l'histoire ou les maths (remarque que je ne parle même pas de religion...) à une gang d'ados de 13 à 15 ans qui sont dans ma classe parce que c'est obligatoire.

Vois-tu, moi, je préfèrerais être en vacances au milieu de mai plutôt qu'à la fin de juin.

Vois-tu, moi, je préfèrerais avoir 2 semaines de relâche par année.

Ce que je veux dire, c'est que pour la majorité des gens, vu de l'extérieur (désolé, je n'ai pas d'expérience en ce domaine), la job de prof de Cegep semble plus attirante que celle de prof du secondaire.

Et même si le salaire annuel est identique, je n'ai pas la preuve que le salaire horaire est identique.

D'autre part, tu dis que le privé paie plus que le public. C'est peut-être vrai en architecture, je te fais confiance, mais c'est faux en général. Cette perception est due au fait que les gens, en général, ne regardent que le salaire. Ce qu,il faut regarder, pour avoir un portrait honnête, c'est la rémunération. Et lorsqu'on étudie la rémunération, on constate que le public paie mieux que le privé (surtout les employés municipaux).

Jean-Paul a dit…
12 mai 2009 à 19:07  

@ Mathieu:

Pauvre toi, tu te fais fourrer!

Un technicien en informatique doit gagner plus qu'un agent de bureau ou un réceptionniste-téléphoniste, selon les échelles de traitement du gouvernement.

Si tu es payé autant, tu n'as qu'à te plaindre, tu es sûr de gagner.

Tu n'as qu'à consulter les 2 documents suivants pour voir que tu devrais gagner entre 34 k$ et 54 k$ alors qu'un réceptionniste ne peut gagner plus de 32 k$ alors qu'un agent de bureau peut gagner de 30 k$ à 41 k$.

http://www.tresor.gouv.qc.ca/fr/publications/ress_humaine/condition/echelle/fp_persbur.pdf

http://www.tresor.gouv.qc.ca/fr/publications/ress_humaine/condition/echelle/fp_tech.pdf

Anonyme a dit…
12 mai 2009 à 19:14  

@Mathieu

"...celles qui performent bien, qui assument seules leurs risques, qui investissent de nouveaux marchés et qui sont efficaces sans subventions ?"

De quelles entreprises parlez-vous?

Nommez-moi une seule multinationale qui ne béficie pas de subventions, de crédit d'impôt, de crédits à la R&D, etc... Vous n'en trouverez pas. Dès qu'une entreprise atteint une taille critique, elle fait du chantage auprès du gouvernement pour obtenir des privilèges. Banques, pétrolières, forestières, mines, médias, etc... aucune industrie n'y échappe.

Le but d'une entreprise étant de maximiser le retour pour les actionnaires, aucune ne se prive pour téter l'État même lorsque leurs profits sont indécents. Le système est ainsi fait. Faut pas rêver, les affairistes ne sont pas des anges, ce sont des machines à cumuler les bénéfices - peu importe d'où ils viennent.

Thomas a dit…
13 mai 2009 à 07:07  

@Étienne

Tu semble confondre la situation de l'étudiant du cégep et d son prof.

Le prof de cégep n'a pas congé pendant les 2 semaines de relâche. Et il ne finit pas de travailler lorsque la session finit en mai, mais plutôt à la mi-juin.

Il ne travaille pas pendant 2 mois durant l'été. Son salaire de 10 mois est réparti sur 12. Un prof qui n'a pas de permanence (peu importe qu'il soit au primaire, secondaire ou collégial) est sur l'assurance-emploi pendant ses mois de "vacances" estivals. Tout le monde raffole d'avoir 55% de son salaire.

Et pour parler de la fameuse sécurité d'emploi. Si les employés de l'État sont si permanent que ça, pourquoi continuent-ils de payer de l'assurance-emploi pour le reste de leur carrière alors qu'il ne vont jamais pouvoir en bénéficier?

Mathieu a dit…
13 mai 2009 à 10:04  

Nommez-moi une seule multinationale qui ne béficie pas de subventions, de crédit d'impôt, de crédits à la R&D, etc... Vous n'en trouverez pas.Raison de plus pour cesser que l'État ait à absorber plus de nos impôts pour donner à celui qui investit de gros budgets sur ses spécialistes en siphonage de subventions !

Raison de plus pour vouloir d'un État qui cesse d'être si indécent avec l'argent de tous, même si ça pourrait signifier qu'on coupe mon poste.

Anonyme a dit…
13 mai 2009 à 21:16  

Le problème c'est que le gouvernement qui n'intervient pas dans son économie pour sauvegarder les bons emplois se voit jeter dehors aux prochaines élections. De plus, qui payent les campagnes électorales de nos bon vieux partis politiques? Les entreprises qui attendent le retour d'ascenseur après le résultat des élections.

Ce n'est pas de sacrifier l'État dont on a besoin : c'est de ne pas permettre aux corporations de devenir plus puissantes que lui. Il faut penser aussi ramener à zéro le pouvoir d'influence des milliardaires et des multi-millionaires de nos sociétés en passant des lois et en adoptant des mesures fiscales contre les fortunes indécentes.

Il faudra cesser un jour de vivre dans une société "un dollar : un vote" pour revenir à "un(e) homme/femme : un vote".

Vincent Geloso a dit…
14 mai 2009 à 11:01  

Anonyme: Pourquoi je ferai confiance à une entreprise plutôt qu'à l'État? Ou pourquoi je ferai confiance à l'État plutôt qu'à une entreprise?

Tu pars de la prémise que je suis pro-business, ce qui n'est pas du tout le cas.

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Auteurs

Bryan Breguet est candidat au doctorat en sciences économiques à l’université de Colombie-Britannique. D’origine Suisse, il a passé les cinq dernières années au Québec au cours desquelles il s’est engagé en politique provinciale malgré le fait qu’il ne possédait pas encore la citoyenneté canadienne. Il détient un B.Sc en économie et politique ainsi qu’une maitrise en sciences économiques de l’université de Montréal. Récipiendaire de plusieurs prix d’excellences et bourses, il connaît bien les méthodes quantitatives et leurs applications à la politique.







Vincent Geloso holds a master’s degree in economic history from the London School of Economics, with a focus on business cycles, international development, labor markets in preindustrial Europe and the new institutional economics. His research work examined the economic history of the province of Quebec from 1920 to 1960. He holds a bachelor’s degree in economics and political science from the Université de Montréal. He has also studied in the United States at the Washington Centre for Academic Seminars and Internships. Mr. Geloso has been an intern for the Prime Minister’s cabinet in Ottawa and for the National Post. He has also been the recipient of a fellowship from the Institute for Humane Studies and an international mobility bursary from the Ministère des Relations internationales du Québec. Currently, he is an economist at the Montreal Economic Institute.

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