La grande marche vers l'indépendance?

samedi 9 mai 2009 ·

Le 24 mai, heureusement je ne serai pas là, il y aura une grande marche pour l'indépendance du Québec. C'est toujours plaisant de voir les souverainistes se rassembler pour la grande procession religieuse dans laquelle tous les croyants réaffirment leur foi à la cause et à l'inévitable destinée de la province. Sur le site web de la marche, on voit des affirmations voulant que le Québec a combattu les tentatives de :
  1. nous assimiler et de nous soumettre ;
  2. de supprimer notre volonté de vivre, de travailler et de créer en français ;
  3. de briser nos espoirs de liberté et d’indépendance perpétués par des générations de résistants.

Voici de telles affirmations sans vraiment produire de faits ou de sources intelligibles qui appuient. En fait, une telle lecture de l'histoire revient à essayer de lire l'histoire d'une manière partisane pour faire avancer une cause particuliére. La lecture de l'histoire du Québec produit quelque chose de beaucoup plus nuancée et beaucoup plus complexe. Les tentatives d'assmilation et de soumission sont sujettes à discussion sur leur nature. Après tout, je pense qu'il est raisonnable d'affirmer que l'Église a beaucoup fait pour empêcher l'affirmation de l'identité canadienne-française dans le domaine économique et social. Cela a probablement laissé le champs libre aux anglophones pour accumuler un stock de capital sur lequel ils se sont fondés pour faire avancer le Québec économiquement. Il est aussi intéressant de noter que les anglophones ont probablement contribué davantage à l'émancipation économique des francophones que les autres institutions francophones. Je pense que cette lecture partiale de l'histoire est risible et typique des indépendantistes.

En plus, j'aimerai ajouter que les raisons fournies pour l'indépendance comme ''faire avancer nos valeurs de paix, de respect de l’environnement, de justice, de solidarité, d’égalité entre les hommes et les femmes, de laïcité, de liberté et de démocratie dans le monde'' sont d'un ridicule consommé. Advenant l'indépendance du Québec, je pense que le Québec reverra notamment ses soi-disantes valeur de paix quand il regardera en pleine face la nature des relations internationales. Quant aux autres valeurs, je ne vois pas pourquoi elles ne pourraient pas être atteintes dans le cadre fédéral. Pourquoi ne pourrait-t'on pas faire valoir nos soi-disantes valeurs de solidairét ou de respect de l'environnement dans le cadre fédéral?

Non sérieusement, c'est ridicule...

6 commentaires:

louisp a dit…
9 mai 2009 à 17:56  

"Il est aussi intéressant de noter que les anglophones ont probablement contribué davantage à l'émancipation économique des francophones que les autres institutions francophones. "

"Voici de telles affirmations sans vraiment produire de faits ou de sources intelligibles qui appuient. "

Dans le même texte... common.
Anyways, c'est pas comme si les politiques d'assimilations des britanniques à l'époque coloniale étaient une invention de l'imagination. C'est bien marqué depuis 250 ans.

"Quant aux autres valeurs, je ne vois pas pourquoi elles ne pourraient pas être atteintes dans le cadre fédéral. Pourquoi ne pourrait-t'on pas faire valoir nos soi-disantes valeurs de solidairét ou de respect de l'environnement dans le cadre fédéral?"
Le vote de l'ouest compte ;-p
À mesure que le temps avance, le centre du pouvoir va glisser vers l'ouest du pays vers Calgary.
Il y a même un article de The Economist là-dessus(je dis ça, car tu dois accorder plus de crédibilité à The Economist qu'à moi hehe).

Mathieu a dit…
9 mai 2009 à 20:23  

@louisp:

Salut,
Tu avais pensé quoi de l'article de Martin Masse sur la Conquête?

http://www.leblogueduql.org/2009/02/les-avantages-de-la-conqu%C3%AAte-de-la-nouvelle-france-par-la-grande-bretagne-selon-marcel-trudel.htmlJ'espère qu'il y aura d'autres voix pour critiquer la mémoire national[iste] et bien souvent commenté par un prof partisan qu'on nous apprenait au secondaire.

Elle a été depuis près de 50 ans la seule perspective étudiée sans présenter de nuances dans les cours.

Et le pire, c'est souvent ces fameux cours d'histoire au secondaire et au Cégep qui font en sorte que tant de jeunes sortent du système scolaire québécois en étant méfiants envers tout ce qui est anglophone/américain/britannique et en étant fondamentalement anticapitalistes (même si, dans les faits, on cherche tous d'abord son propre mieux-être, souvent en trouvant des façons d'obtenir [plus] d'argent).

louisp a dit…
10 mai 2009 à 07:37  

Bof en général, je ne lis pas les délires de Martin Masse. Le mec est un sophisme sur deux pattes.

Mais, je viens de lire rapidement son texte et il n'y a rien de nouveau sous le soleil. En plus que tous les points dans le texte sont en général(du moins à mon époque...bref il y a plus de 10 ans) inclut dans les cours d'histoire du secondaire. De toute façon, si quelqu'un affirme que la conquête britannique n'a eu que des effets négatifs...il n'y a pas grand chose à faire. Il vit dans son monde imaginaire. Et d'expérience personnel, je n'ai jamais eu un prof qui affirmait que le Québec aurait été mieux en restant une colonie française. De toute façon, ceci ne change absolument rien au fait que l'option souverainiste est une option politique valable. Et ni au fait que les britanniques ont tenté d'assimiler la population.

Mathieu a dit…
10 mai 2009 à 17:14  

@louisp:

Je crois qu'il faut parfois piler sur ses préjugés et sur son orgueil et accepter de lire ce que les autres écrivent.
Ensuite, on peut critiquer les points faibles de l'argumentaire et ça peut mener à une investigation plus rigoureuse sur cet aspect.

Sur les moyens pour mener à l'assimilation au niveau linguistique, ça me semble là aussi tout autant répréhensibles que ceux que les nationalistes québécois ont mis en place pour forcer, dans les limites de l'AANB, les allophones et les anglophones à vivre en français et à afficher uniquement qu'en français, même dans les secteurs du Québec où ils étaient majoritaires.

(D'ailleurs, un article de LBII intéressant sur la langue: http://www.suburbainlucide.net/?p=377)

Les premiers, me semblent-ils, ont reculé par une pression populaire et un dialogue entre francophones et anglophones. Les autres ont reculé après que les juges l'aient ordonné.

Mais l'un comme l'autre ne me semble pas souhaitable. Combattre un nationalisme par un autre, et vice versa, c'est vraiment du pareil au même.

Je n'ai jamais entendu non plus un professeur dire que l'on serait mieux si on était demeuré une colonie française.
Mais j'en ai entendu plusieurs dire que les francophones ont été exploités et écrasés dans leurs libertés par les Anglais.

À la lumière de ce que Marcel Trudel rapportait (associé à l'École de Laval), je ne vois pas en quoi nos ancêtres l'ont été plus que sous le mercantilisme, le système seigneuriale, le monopole du catholicisme ou avec la Question imposée sous l'Ancien Régime en Nouvelle-France.

Mais l'histoire nationale apprise en classe tendait à nous orienter politiquement comme "peuple".

Notre mémoire apprise ne tenait pas compte de l'idée que le nationalisme canadien-français ait pu être un facteur de retard au même titre que le cléricalisme.

J'ai encore beaucoup d'amis qui votent selon l'histoire apprise, pour le parti le plus nationaliste québécois, celui qui viendra rétablir la liberté perdue (quelle liberté du régime français avions-nous qu'il manque actuellement?), peu importe ce qui se passe actuellement.

Je n'ai rien contre l'indépendance non plus. Du moment que cela libère réellement les gens. Pas comme Nation mais comme individus.

Pas pour qu'on les considère comme des gens que l'on va prendre à l'hameçon ou qui seront pris dans la "cage à homards" une fois qu'ils voteront pour un Oui.
Ce discours n'a rien pour convaincre l'électeur que le politicien veut vraiment ta liberté plutôt que ta captivité.

Ni pour que ceux qui aient des opinions divergentes se fassent dire qu'ils pensent différemment à cause de l'argent ou parce qu'ils sont des "ethnies" qui ne comprennent juste pas à quels points les Québécois sont des victimes de tout.

Autant dire que les options "souverainistes" actuelles pour une liberté nationale ne sont pas très convaincantes.

Laurence Tilmant-Rousseau a dit…
11 mai 2009 à 15:36  

@ Mathieu

...

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Paolo Delli Quadri a dit…
27 mai 2009 à 15:59  

Je m'adresse à Mr Geloso, qui ridiculise l'argumentaire souverainiste du collectif qui a organisé la grande marche vers l'indépendance. Je considère votre attitude comme réactionnaire. Si vous aviez été présent à cette marche vous auriez peut-être vu de quoi il s'agissait, et peut-être que vous seriez moins méprisant envers ces jeunes qui ont un rêve on ne peut plus légitime. Dans une époque comme la notre où l'individu est laissé à lui-même et est beaucoup moins porté à s'impliquer politiquement dans la société, on ne peut que saluer des initiatives comme celle de la grande marche.

Vous vous demandez pourquoi il ne serait pas possible d'atteindre les objectifs ciblés dans leur manifeste en maintenant le Québec dans la fédération canadienne. Cette question est évidemment très complexe, et je ne peux vous énumérer toutes les raisons pour lesquelles il serait préférable que le Québec se retire de la fédération canadienne. Il semble toutefois qu'en portant un regard sur l'histoire du Québec, la question nationale a toujours été au cœur du débat, même qu'elle a eu tendance a occuper une si grande place, que d'autres dossiers ont malheureusement été négligés. Il serait très naïf de croire d'autre part que cette réalité pourra changer si cette question n'est pas réglée dans un futur rapproché. L'indépendance du Québec est en ce sens une option très intéressante.

J'appuie votre idée selon laquelle il ne faut pas idéaliser le Québec indépendant. Toutefois, doit-on refuser de se rallier au projet si notre idéal ne sera pas complètement pas atteint? Et n'est-il pas bien connu que pour obtenir un seul avancement, il est préférable d'en revendiquer 10?

Et pour tous les autres qui trouvent que "les options souverainistes ne sont pas très convainquantes", je ne peut vous conseiller autre chose que de vous impliquer pour en proposer des meilleures. L'indépendance nationale est un projet collectif, et il sera porteur de progrès si les gens s'impliquent. Notre destin nous appartient.

En passant, je ne suis pas un des organisateurs de la marche.

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Auteurs

Bryan Breguet est candidat au doctorat en sciences économiques à l’université de Colombie-Britannique. D’origine Suisse, il a passé les cinq dernières années au Québec au cours desquelles il s’est engagé en politique provinciale malgré le fait qu’il ne possédait pas encore la citoyenneté canadienne. Il détient un B.Sc en économie et politique ainsi qu’une maitrise en sciences économiques de l’université de Montréal. Récipiendaire de plusieurs prix d’excellences et bourses, il connaît bien les méthodes quantitatives et leurs applications à la politique.







Vincent Geloso holds a master’s degree in economic history from the London School of Economics, with a focus on business cycles, international development, labor markets in preindustrial Europe and the new institutional economics. His research work examined the economic history of the province of Quebec from 1920 to 1960. He holds a bachelor’s degree in economics and political science from the Université de Montréal. He has also studied in the United States at the Washington Centre for Academic Seminars and Internships. Mr. Geloso has been an intern for the Prime Minister’s cabinet in Ottawa and for the National Post. He has also been the recipient of a fellowship from the Institute for Humane Studies and an international mobility bursary from the Ministère des Relations internationales du Québec. Currently, he is an economist at the Montreal Economic Institute.

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