Peur de la droite?

mardi 23 juin 2009 ·

Dans les pages web du Soleil, on peut lire l’ancien leader parlementaire de l’ADQ Sébastien Proulx qui déclare que l’ADQ n’a aucun futur à droite. L’ancien leader va même jusqu’à dire qu’il quittera l’ADQ si celle-ci va à droite. Toutefois, l’ancien leader semble adhérer à une image presque caricaturale de la droite qui ne représente pas la réalité. De plus, il se trompe complètement quant aux prescriptions pour l’avenir du parti puisqu’il propose une continuité dans la voie des dernières années.

En premier lieu, je me considère quelqu’un de droite. Mais quand Sébastien Proulx parle de la droite, j’ai le sentiment d’être caricaturé. La plupart des gens de droite au Québec sont des gens de droite libérale. Ils se basent sur des principes de science économiques et d’administration saine de l’État. Ils sont sceptiques aussi des capacités de l’intervention de l’État et font confiance davantage aux individus qu’aux acteurs gouvernementaux. Deux exemples illustrent bien la mauvaise représentation que fait l’ancien leader parlementaire de l’ADQ : les frais de scolarité et les prix de l’électricité.

Depuis 2003, l’ADQ s’est opposée aux hausses des frais de scolarité et aux hausses des tarifs d’électricité que les libéraux ont effectuée. Elle avait tort. Le gel des frais de scolarité est une politique égalitaire qui s’avère être inéquitable. Cette politique revient à rendre moins dispendieuse l’éducation des plus aisés sans augmenter l’accessibilité pour les plus démunis. Ainsi, elle contribue au sous-financement du réseau universitaire et donc à une perte de valeur des diplômes universitaires. Si on hausse les frais de scolarité et qu’on permet à ceux-ci d’être modulés en fonction des départements comme le propose le Rapport Montmarquette, les universités pourront mieux se financer. Pour aider les plus démunis, il serait plus adéquat de bonifier l’aide financière aux études pour cibler ces étudiants.

Quant à l’électricité, les bas tarifs font en sorte qu’on la gaspille et qu’on la surconsomme. Rien de très environnemental dans une telle politique. En plus, cette politique aide beaucoup les plus riches qui voient leur consommation subventionnée. Est-ce très équitable? Pas du tout, il serait sûrement mieux d’augmenter progressivement les tarifs et donner davantage d’indépendance à la Régie de l’Énergie pour cette tâche. Encore une fois, on peut ensuite cibler les plus pauvres.

Ces deux politiques dites « de droite » sont pourtant tout ce qu’il y a de plus sensé. Il s’agit de véritables politiques publiques réfléchies basés sur des principes de marché auxquelles s’est opposé l’ADQ et auxquelles l’ancien leader parlementaire continue de s’opposer.

Et c’est ici qu’on trouve le principal problème de l’ADQ; l’amateurisme et le populisme. C’est sur cette voie que l’ancien député de Trois-Rivières semble vouloir garder l’ADQ et c’est cette voie qui a mené l’ADQ de 35% à 16%. Pour que l’ADQ puisse aspirer sérieusement au pouvoir, elle doit endosser un programme réfléchi qui avance des politiques publiques basées sur des principes de marché comme ce que j’ai illustré plus haut. Cela permettra au parti d’avoir l’air d’un parti qui a une idéologie sans être dogmatique, qui rassemblera une masse critique d’électeurs et qui cessera d’avoir l’air amateur et populiste. L’alternative avancée par Proulx est celle de défendre la privatisation d’Hydro-Québec sans la hausse des prix de l’électricité et sans permettre aux « étrangers » d’acheter des actions. C’est cette voie de lier pernicieusement un supposé déclin du français avec une hausse de l’immigration (alors que Statistiques illustre que le français comme langue d’usage chez les immigrants augmente). C’est la voie du populisme et de l’amateurisme. C’est aussi la voie parfaite pour perdre encore une fois.

2 commentaires:

Anonyme a dit…
24 juin 2009 à 17:46  

Excellente analyse, Vincent. Monsieur Proulx, en bon avocat, est est un excellent parleur. Mais il nous a fait la preuve que son éducation politique, pour ce qui est du contenu, est fort limitée.

Vincent a dit…
1 juillet 2009 à 10:06  

Je partage le constat, cher homonyne.

Le problème de l'ADQ, ce n'est pas le radicalisme, c'est le manque de maturité politique.

Il est possible d'être de 'droite', tout en articulant des politiques crédibles et populaire. Suffit de savoir de quoi on parle.

Or, c'est le problème: cette bébitte qu'on appelle l'État, l'ADQ en a beaucoup parlé, elle a disserté à son sujet, l'a jaugé de loin, mais elle ne l'a jamais vraiment comprise.

Lorsqu'une masse critique de militants adéquistes auront fait l'expérience de ce que signifie réellement être au gouvernement - que ce soit au fédéral ou ailleurs - je crois que les choses seront différentes.

Le Québec, comme toute société moderne, a besoin d'une saine compétition des idées dites de droite et de gauche. Par conséquent, la culture du 'pas-de-chicane-tout-le-monde-est-au-centre' doit être combattue avec vigueur.

Pour ma part, en attendant de mener ce combat de manière plus active, je me promet de jeter un coup d'oeil attentif à la façon dont on fait les choses ailleurs, notamment en Grande-Bretage. Il y a sûrement quelques leçons utiles à y tirer du triomphe imminent de conservateurs moderne et très 'progessistes'.

Allez, on s'en reparle sur place Geloso...

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Auteurs

Bryan Breguet est candidat au doctorat en sciences économiques à l’université de Colombie-Britannique. D’origine Suisse, il a passé les cinq dernières années au Québec au cours desquelles il s’est engagé en politique provinciale malgré le fait qu’il ne possédait pas encore la citoyenneté canadienne. Il détient un B.Sc en économie et politique ainsi qu’une maitrise en sciences économiques de l’université de Montréal. Récipiendaire de plusieurs prix d’excellences et bourses, il connaît bien les méthodes quantitatives et leurs applications à la politique.







Vincent Geloso holds a master’s degree in economic history from the London School of Economics, with a focus on business cycles, international development, labor markets in preindustrial Europe and the new institutional economics. His research work examined the economic history of the province of Quebec from 1920 to 1960. He holds a bachelor’s degree in economics and political science from the Université de Montréal. He has also studied in the United States at the Washington Centre for Academic Seminars and Internships. Mr. Geloso has been an intern for the Prime Minister’s cabinet in Ottawa and for the National Post. He has also been the recipient of a fellowship from the Institute for Humane Studies and an international mobility bursary from the Ministère des Relations internationales du Québec. Currently, he is an economist at the Montreal Economic Institute.

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