Un choix douteux

vendredi 10 avril 2009 ·

Suite à son élection comme député d’Outremont, Raymond Bachand s’est levé en Chambre pour déclarer qu’il « accompagnerai[t] nos entreprises dans l'amélioration de leur productivité et nos travailleurs dans le développement de leurs compétences ». Considérant le parcours de Raymond Bachand, une telle citation représentait parfaitement son idéologie; celle du Québec Inc.

Le Québec Inc est ce groupe d’entrepreneurs qui sont apparus après la Révolution Tranquille et qui sont les fleurs de la communauté d’affaires au Québec. Toutefois, ils sont assujettis à une mentalité corporatiste selon laquelle l’État doit façonner la direction économique que prend le Québec. Selon eux, il est normal que le gouvernement encourage des industries pour stimuler le développement économique du Québec. Les groupes d’affaires s’assoient donc avec le gouvernement et négocient des ententes pour assurer la survie des industries concernées. Comme le disait le ministre Bachand, l’État marche main dans la main avec les entreprises pour les aider à se développer. Mais il ne faut pas penser qu’une mentalité pro-affaires implique une mentalité pro-libre marché!

Au contraire! Une mentalité pro-affaires implique que le gouvernement distribue de l’aide à des entreprises en difficulté si elles sont des fleurons nationaux; on peut penser aux subventions aux alumineries sous la forme d’une électricité à des prix dérisoires. Elle implique aussi de limiter la concurrence qui fait face aux entreprises nationales; on peut penser aux contrats sans appels d’offres à des entreprises comme Bombardier. Elle implique aussi une approche interventionniste au sein de l’économie pour éviter que des groupes non-Québécois viennent faire concurrence; on peut penser aux nombreuses interventions de la Caisse de Dépôt et de Placement notamment les Épiceries Steinberg dans les années 1980 et Vidéotron au début des années 2000. Cette mentalité, c’est celle à laquelle Raymond Bachand adhère!

Sa plus récente intervention pour que le Canadien de Montréal soit acquis par des intérêts québécois et non pas des intérêts étrangers est une preuve qui s’ajoute à des histoires comme l’attribution d’un contrat sans appel offres à Bombardier pour la réfection du métro de Montréal et des subventions de plusieurs centaines de millions à cette même entreprise. Pourtant, il est difficile de comprendre l’attachement à une telle mentalité.

L’étude de l’économiste Marcel Boyer sur la performance économique du Québec des 25 dernières années devrait pourtant faire figure de son de cloche. Malgré une performance acceptable, le Québec a traîné de la patte par rapport au reste du Canada. Sa croissance a été considérablement moins rapide que celle de ses homologues du Canada et des États-Unis. Si la tendance continue, dans les 25 prochaines années, le taux de croissance économique du Québec, plus faible que celui du reste du Canada, fera en sorte que l’économie du Québec aura cru de 84.1%, tandis que celle du Canada augmentera de 123.8%. À ce moment, l’économie du Québec représentera 17.5% de l’économie canadienne, donc nettement en-deçà de son poids démographique projeté.

La mentalité pro-affaires du Québec Inc et du ministre Bachand est celle qui a mené à cette performance minable et qui continuera de mener à une performance minable pour le Québec. Il est donc judicieux de questionner le choix de nommer Raymond Bachand dont l’idéologie a été pesée, jaugée et jugée inadéquate.

3 commentaires:

Anonyme a dit…
11 avril 2009 à 09:26  

Est-il possible de citer quelques exemples de pays qui n'interviennent pas dans leur économie et qui auraient une position tellement plus enviable que la nôtre? Sûrement pas les USA qui sont encore plus interventionnistes que nous. Alors?

Anonyme a dit…
11 avril 2009 à 13:32  

Il y a toujours eu une intervention mais certains limitent leurs actions étatiques à un minimum propre pour laisser les citoyens et les entrepreneurs dynamiser seuls l'économie comme à Andorre, Hong Kong, Royaume-Uni (sous Thatcher), États-Unis (sous Reagan), Chili (de Pinochet), même au Québec avant l'arrivée du gouvernement libéral de type socialiste de Jean Lesage.

La Chine a commencé à se développer dès le moment où elle a accepté de retirer une partie de son contrôle étatique sur l'économie.

Toute liberté mène à un meilleur monde. Ça vaut la peine de les promouvoir.

Anonyme a dit…
11 avril 2009 à 23:29  

Ben oui, on voit très bien aujourd'hui que l'Angleterre, les USA, le Chili et la Chine sont dans une position bien plus enviable que la nôtre... belle démonstration.

La liberté d'éliminer par tous les moyens la compétition, de faire appel à l'esclavage pour réduire les coûts de main-d'oeuvre et d'empoisonner le monde pour l'appât du gain... ça mène à un meilleur monde pour les ayants-tout. C'est vrai.

Je suis maintenant convaincu... continuons à promouvoir la dérèglementation et le libre-marché.

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Auteurs

Bryan Breguet est candidat au doctorat en sciences économiques à l’université de Colombie-Britannique. D’origine Suisse, il a passé les cinq dernières années au Québec au cours desquelles il s’est engagé en politique provinciale malgré le fait qu’il ne possédait pas encore la citoyenneté canadienne. Il détient un B.Sc en économie et politique ainsi qu’une maitrise en sciences économiques de l’université de Montréal. Récipiendaire de plusieurs prix d’excellences et bourses, il connaît bien les méthodes quantitatives et leurs applications à la politique.







Vincent Geloso holds a master’s degree in economic history from the London School of Economics, with a focus on business cycles, international development, labor markets in preindustrial Europe and the new institutional economics. His research work examined the economic history of the province of Quebec from 1920 to 1960. He holds a bachelor’s degree in economics and political science from the Université de Montréal. He has also studied in the United States at the Washington Centre for Academic Seminars and Internships. Mr. Geloso has been an intern for the Prime Minister’s cabinet in Ottawa and for the National Post. He has also been the recipient of a fellowship from the Institute for Humane Studies and an international mobility bursary from the Ministère des Relations internationales du Québec. Currently, he is an economist at the Montreal Economic Institute.

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