Le mythe nationaliste d'Hydro-Québec

dimanche 12 juillet 2009 ·

Quand j'ai proposé au Parlement Étudiant du Québec de privatiser partiellement Hydro-Québec dans le but de se servir d'une partie des actifs liquidés pour les attribuer au remboursement de la dette pour réduire le poids du service de la dette, on m'a accusé de violer le grand héritage de la nation Québécoise. Quand on évalue la pertinence de privatiser Hydro-Québec, les réactions publiques indiquent que les gens considèrent Hydro-Québec comme un morceau de notre identité nationale. Ce qu'on oublie de dire fréquemment par contre, c'est que la nationalisation de 1962 n'était qu'une fin de nationalisation. La majeure partie de la nationalisation avait été effectuée en 1944 par le gouvernement d'Adélard Godbout et le ministre Bouchard. Ce qui est comique, c'est que le ministre Bouchard qui était le premier président d'Hydro-Québec était aussi un antinationaliste notoire qui méprisait fréquemment les nationalistes dans Le Devoir et les liens entre les nationalistes et le clergé:

L’Hydro-Québec a été créé non pas en 1962, comme le prétendent les nationalistes aujourd’hui afin d’en attribuer la paternité à Saint René Lévesque, mais en 1944 par le gouvernement libéral d’Adélard Godbout, sous la pression expresse de T.-D. Bouchard, numéro deux du gouvernement. C’est T.-D. Bouchard qui, tout au long des trois décennies précédentes, avait mené la bataille pour la nationalisation des ressources hydro-électriques. Aussi, il faut savoir que la part du lion des entreprises hydro-électriques avait été nationalisée dès 1944. En 1962, le gouvernement québécois ne s’est emparé que des morceaux restants de cette industrie, après que T.-D. Bouchard ait largement ouvert la voie deux décennies plus tôt.
Et après, André Pratte va dire que Jacques Parizeau était le grand créateur d'Hydro-Québec...

12 commentaires:

V a dit…
12 juillet 2009 à 16:11  

Je pense que tout le monde sait bien qu'Hydro-Qc a été fondé par Godbout (les libéraux se sont employés à nous le rappeler lors du congrès des "grands bâtisseurs). Mais il faut reconnaître qu'avant 1962, HQ était loin d'être un joueur majeur. Elle faisait figure de scout à comparer à la Shawinigan Light and Power ou la Saguenay electric. L'immense majorité des droits d'exploitation étaient détenues par ces grosses compagnies. Si HQ ne possédait pas les barrages de la Mauricie et ceux du Saguenay en 1944, veux-tu bien me dire lesquels elles possédaient?

V a dit…
12 juillet 2009 à 16:20  

Ces deux articles résument bien dans quel ordre le tout s'est produit :

1944 : Étatisation de la Montreal light and power.
http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/21579.html

1962 : Privatisation des onze autres "compagnies de pouvoirs".
http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/1501.html

Alors, si on se fit au raisonnement de M. Laprès, "la part du lion des entreprises hydro-électriques" opéraient dans la région métropolitaine où, c'est bien connu, on trouve beaucoup de grandes rivières...

Quant au dit Bouchard, il ne serait président que pendant deux mois. Pas grand temps pour laisser sa marque...

Ce M. Laprès me semble faire beaucoup plus dans le commentaire éditorial que dans la présentation de faits historiques. C'est correct, mais il faudrait seulement que ce soit présenté comme tel.

Mathieu a dit…
12 juillet 2009 à 18:07  

Moi, je me fous de savoir qui est LE vrai responsable des nationalisations mais je m'intéresse à savoir qui sont les gagnants et qui sont les perdants de ces nationalisations forcées.

L'Abitibi y a sûrement gagné: l'ensemble des contribuables de l'époque ayant payé pour changer le réseau électrique abitibien. Les payeurs de taxes ont même payé pour les appareils électriques des ménages abitibiens.

Le sud de la province y a sûrement perdu: la Southern Canada Power était une entreprise impliquée dans les communautés... sans qu'un gouvernement ne la force.

Voulant faire sa part contre le problème de la pollution des eaux, elle a initié des programmes pour octroyer la gratuité en électricité aux premières stations d'épuration des eaux usées (pour les municipalités sur son territoire qui décideraient d'en construire une).

Elle voyait un intérêt à contribuer à des projets de reboisement des berges au profit de la communauté et pour le sien à la fois. La forêt de Drummond leur est restée. Elle soutenait les clubs 4-H dans leurs campagnes de reboisement, elle a ouvert des plages sur ses propriétés en partenariat avec les municipalités, etc.

Avec Hydro-Québec, une fois la Southern Canada Power nationalisée, les municipalités se sont longtemps frappées à un mur lorsque venait le temps de réguler le niveau des eaux... les décideurs étant soit à Québec, soit à Montréal...

La Southern (ou SCP) avait aussi pris la responsabilité de dynamiter les embâcles de glace lors du dégel de mars sur la rivière Saint-François.

Les finances de la Southern étaient aussi publiques: les rapports trimestriels et bilans annuels se retrouvant dans les journaux locaux pour rejoindre les actionnaires.

Ah oui, ceux-ci pouvaient voter sur les orientations de l'entreprise... ce qu'on ne peut pas faire avec Hydro-Québec même si la propagande nationaliste nous dit que que ça m'appartient...

Le Gentil Astineux a dit…
13 juillet 2009 à 05:31  

M. Geloso, n'essayez-pas de créer un mythe vous-même concernant les nationalistes qui prétendent que...

J'ai écrit plusieurs billets concernant Hydro-Québec dont celui-çi :

http://jesopinions.blogspot.com/2009/05/le-conseil-general-du-parti-liberal.html qui rend à César ce qui est à César.

louisp a dit…
13 juillet 2009 à 08:00  

Même en sortant le nationalisme de l'équation, je ne suis vraiment pas certain que c'est une bonne idée à la base. Il doit y avoir beaucoup de "si" dans ton plan pour que ton idée fonctionne.

Guillaume a dit…
13 juillet 2009 à 21:24  

Il faudrait préciser de quel nationalisme il est question ici...

Gilles Laplante a dit…
14 juillet 2009 à 06:26  

L'idée de privatiser partiellement Hydro pour réduire la dette est séduisante mais, connaissant nos politiciens, ils vont s'empresser de se lancer dans toutes sortes de conneries exigées par les groupuscules de pression et dans une décennies nous seront devant le même problème qu'aujourd'hui.

louisp a dit…
14 juillet 2009 à 06:56  

Bof si ton actif a un retour plus élevé que l'intérêt sur ta dette c'est pas une très bonne idée. Et justement, c'est un monopole naturel alors c'est sûr à 100% qu'il va y avoir des exigences vis-à-vis la vente.

louisp a dit…
14 juillet 2009 à 07:21  

Jetez un coup d'oeil là-dessus.

http://www.hydroquebec.com/publications/fr/rapport_annuel/index.html

À moins que je me trompe(et c'est possible...Bryan connait peut-être le vrai chiffre), mais je ne pense pas que Québec paye un taux d'intérêt plus élevé que le retour d'Hydro-Québec. D'accord pour réduire la dette, mais j'irais chercher ailleurs.

Pour que cela soit une bonne idée, il faudrait que le montant en valeur présente de la vente soit plus élevé que la valeur de l'actif en VP sous le contrôle d'Hydro et ça c'est une très grosse hypothèse( c'est d'ailleurs assez idéologique).

Bryan Breguet a dit…
14 juillet 2009 à 12:31  

Louis, j'ai pas envie de lire tout le rapport, où est le taux de rendement?

Au fait, n'oublions pas qu'à la valeur de la vente (qui permettrait de réduire la dette), il faut ajouter la taxation des futurs profits d'HQ (et je ne parle meme pas ici du problème que le fédéral taxerait aussi si HQ n'était plus publique).

MathieuQC a dit…
14 juillet 2009 à 12:42  

Vincent, tu sais bien que je respecte beaucoup ton intelligence et tes connaissances, mais baser ton propos sur un texte de Daniel Laprès, c'est plutôt décevant. Ce type sans crédibilité est un adorateur inconditionnel de T.-D. Bouchard, pour des raisons plutôt nébuleuses, disons-le. Trouve-moi un vrai expert qui prétend que "la majeure partie" de la nationalisation de l'hydro-électricité au Québec s'est faite en 1944 et on en reparlera.

Vincent Geloso a dit…
14 juillet 2009 à 14:19  

V: Effectivement, mais nationaliser en 1944, c'est pas pareil que nationaliser en 1962. Le courant était clairement contre Godbout et Bouchard. En sus, comme je le dis, j'adhère pas à comment les nationalistes ont établis Lévesque et Parizeau comme des bâtisseurs de HQ. Je crédite davantage Bourassa et Johnson pour ca.

Mathieu: D'accord, mais je veux privatiser de manière à avoir une transition smooth et efficace. Mais j'ai jamais caché mon accord à l'idée

Antipollution: J'ai beaucoup d'amis souverainistes qui me content les histoires de comment Parizeau est allé emprunter les fonds pour nationaliser et a agi en fin génie et avait une vision gigantesque. Se construire en héros quand c'est davantage Bourassa qui a mis HQ sur la carte.

Louis: En Europe, la libéralisation de l'énergie se fait. Tout comme aux États-Unis malgré des échecs. J'adhère pas à la thèse de monopole naturel trop ardemmment. Mais bien sûr, les États-Unis montrent dans le cas de la Californie qu'on peut échouer à privatiser!

Mathieu: Daniel est un de mes amis :P

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Au sujet du blogue

Scientifiquement justes, politiquement incorrects

Auteurs

Bryan Breguet est candidat au doctorat en sciences économiques à l’université de Colombie-Britannique. D’origine Suisse, il a passé les cinq dernières années au Québec au cours desquelles il s’est engagé en politique provinciale malgré le fait qu’il ne possédait pas encore la citoyenneté canadienne. Il détient un B.Sc en économie et politique ainsi qu’une maitrise en sciences économiques de l’université de Montréal. Récipiendaire de plusieurs prix d’excellences et bourses, il connaît bien les méthodes quantitatives et leurs applications à la politique.







Vincent Geloso holds a master’s degree in economic history from the London School of Economics, with a focus on business cycles, international development, labor markets in preindustrial Europe and the new institutional economics. His research work examined the economic history of the province of Quebec from 1920 to 1960. He holds a bachelor’s degree in economics and political science from the Université de Montréal. He has also studied in the United States at the Washington Centre for Academic Seminars and Internships. Mr. Geloso has been an intern for the Prime Minister’s cabinet in Ottawa and for the National Post. He has also been the recipient of a fellowship from the Institute for Humane Studies and an international mobility bursary from the Ministère des Relations internationales du Québec. Currently, he is an economist at the Montreal Economic Institute.

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