Que de grands mots...

mardi 2 décembre 2008 ·

Alors que les Conservateurs parlent de "coup d'État", Lysianne Gagnon dans la Presse utilise le terme de "putsch", rien de mois.

Si l'utilisation de termes absurdes par les conservateurs peut à la limite être compréhensible, il n'en est rien de la part d'une journaliste-éditorialiste de l'un des grands quotidiens québécois. Car soyons clairs: vous pouvez ne pas aimer l'idée d'une coalition, vous pouvez même la trouver illégitime, il n'en reste pas moins que nous sommes à des années lumières d'un "putsch" ou d'un "coup d'État". Un peu de retenue serait la bienvenue.

La plupart des pays dans le monde ont des coalitions et cela arrive parfois que ces coalitions excluent le premier parti du pays. Cela se produit quand ce premier parti se retrouve seul sur une partie de l'échiquier politique (en l'occurrence ici la droite - ou devrais-je dire l'Ouest? lol) et que les autres parties occupent une autre partie de cet échiquier. De plus, nous avons un système parlementaire, ainsi le PM est le chef du parti qui a la confiance du parlement, autrement dit, celui qui peut obtenir une majorité de députés. l'appuyant lors des votes de confiance Or, depuis aujourd'hui, ce n'est plus monsieur Harper mais bien monsieur Dion. Cela est parfaitement légal et démocratique, il n'y a aucun putsch ici. Tou tce que nous voyons, c'est trois partis qui peuvent s'entendre et faire fonctionner un parlement, chose que monsieur Harper ne peut pas faire. Il peut bien tenter de reculer sur absolument toutes ses mesures, au mieux il se retrouve faible, au pire le mal est fait.

Pour conclure, sur la question de la légitimité, je persiste et signe, le PLC et le NPD ont obtenu davantages de votes que le PCC (et encore plus si on ajoute le Bloc). Mise-à-part en Alberta, les Conservateurs n'ont jamais obtenu plus de 50% des voix. Alors oui le PLC et le NPD n'avaient pas annoncé qu'ils formeraient une coalition, mais cela ne change rien. Dans la plupart des pays qui ont des coalitions, les tractations se déroulent après le scrutin, pas avant ou pendant (cela peut arriver cependant je le reconnais, mais Jack Layton s'est toujours montré ouvert). Est-ce que les 18% de voteurs NPD et les 26% de Libéraux, donc 44% de la population s'étant exprimées, ne préfèrent pas voir au pouvoir le parti pour lequel ils ont voté? Je pense bien sincèrement que oui.

S'il y a un manque de légitimité dans cette histoire, elle provient plutot de monsieur Harper qui a fait une campagne sans plate-forme et a tenté de faire passer plein de mesures non annoncées dans son énoncé économique. Quand est-ce que les électeurs ont voté pour une suspension du droit de grève ou l'abolition du financement public des partis? Je sais qu'Harper a par la suite reculé, il n'en reste pas moins que son geste a durablement compromis les relations entre son gouvernement et le reste du parlement. Alors non seulement la coalition est elle légitime et légal, mais elle est par ailleurs préférable à retourner en élections. Vous pouvez dire que les Canadiens n'ont jamais voté pour cette coalition, il n'en reste pas moins que les Canadiens n'ont accordé une majorité à aucun parti et ont donc remis le choix du PM au Parlement. C'est exactement cette responsabilité qu'est en train d'assumer ce même parlement. Pour tous ceux qui crie au scandale, est-ce que vous êtes favorables à passer à un système présidentiel dans lequel le PM serait directement élu? On pourrait en débattre. En attendant, nous avons un système parlementaire. Ainsi, mise-à-part dans un comté en Alberta, personne n'a directement élu monsieur Harper, et surtout pas au poste de PM.

Quant au fait que cette coalition repose sur le soutient du Bloc, bien sincèrement je ne vois pas le problème. Le Bloc a permis à Harper de faire passer deux budgets et donc de se maintenir au pouvoir vu qu'il s'agissait de votes de confiance. Le Bloc ne s'engage à rien de plus cette foix-ci que de soutenir la coalition lors de quelques votes de confiance. La situation est même plus stable car il y a une entente signée, pas besoin de courrire après les réactions de Gilles Duceppes après chaque discours ou mesures budgétaires.

5 commentaires:

Patrick Lemieux a dit…
2 décembre 2008 à 06:17  

J'ai été étonné de lire l'éditorial d'André Pratte ce matin, qui était étonnamment tiède à l'idée d'une coalition dirigée par le PLC: http://www.cyberpresse.ca/opinions/editorialistes/andre-pratte/200812/02/01-806344-vaudeville-a-ottawa.php

C'est d'autant plus étonnant que Pratte a pourfendu le geste des conservateurs cette fin de semaine. J'aurais pensé que la Presse aurait été plus enthousiaste à l'idée de voir le PLC reprendre le pouvoir...

@xe a dit…
2 décembre 2008 à 09:43  

Je suis d'accord avec la plupart des affirmations mais une chose ne change pas.

Dion a eu le pire score de la longue histoire du plc, John Turner qui avait été rayé de la carte avait eu plus de %. Il a annoncé qu'il quittait. Il devrait vraiment rester chez lui les stores fermés, les électeurs lui ont donné une leçon.

Ton bout où tu dis que Harper a pas été élu pm est vrai si on ne vit que dans la théorie ou la réalité constitutionaliste. Il peut perdre la confiance de la chambre c'est une chose, mais il n'y avait pas d'ambiguité à savoir quel chef serait pm le soir du vote étant donné un gouvernement minoritaire. C'est une affirmation stretchée pas mal même si elle est techniquement vraie.

Carl Vallée a dit…
2 décembre 2008 à 11:05  

Mais Bryan, les électeurs des pays qui ont des gouvernements de coalition savent que c'est une possibilité lorsqu'ils votent. Ici, les 14 octobre, les électeurs n'ont pas envisagé cette possibilité. Je doute que les électeurs du Bloc pensaient qu'ils allaient contribuer au couronnement de Dion et il est là le problème de la légitimité démocratique, elle n'est pas dans les principes constitutionnels abstraits auxquels les gens ne pensent pas en votant.

À l'avenir par contre, la dynamique sera complètement différent parce que les gens sauront pour quoi ils votent. Quelles sont les conséquences politiques de cette coalition? Y a-t-il des membres de la coalition qui sortiront perdants politiquement de cette entente lors de la prochaine élection? Le Bloc vient-il d'ébranler sa base?

Bryan Breguet a dit…
2 décembre 2008 à 13:03  

Lorsque les allemands ont voté la dernière fois, ils ne s'attendaient pas non plus à avoir une coalition regroupant les deux principaux partis du pays, or c'est arrivé. Et pourtant cela doit être difficile pour la gauche du SPD de donner le pouvoir à Angela Merkel.

Lors de la dernière élection en Suisse, le premier parti du pays (UDC, droite nationaliste) a progressé à 30%, largement en avance du parti socialiste, 2e. Or comme l'UDC est devenue trop arrogante, cela à forcer le Parlement à exclure ce parti du gouvernement.

Le 14 octobre, les électeurs n'ont donné une majorité ni de voix ni de sièges à aucun parti, et cela pour une 3e fois consécutive. Que cela débouche sur la formation d'une coalition est certes nouveau, mais l'électorat ne peut crier au scandale. Encore une fois, ils élisent un Parlement, pas un PM. Si ces électeurs bloquistes voulaient Harper PM, ils pouvaient contribuer en votant Conservateur et non pas Bloc. Ils ont décidé de donner leur confiance au Bloc, qu'ils assument. Il n'y a vraiment rien de scandaleux dans cette histoire, ces mêmes électeurs pourront donner leur avis dans probablement 18 mois, ce n'est pas si lointain ca, 18 mois.

Patrick: Pratte est contre tout changement, que ce soit des coalitions ou un mode de scrutin proportionnel. Donc cela ne m'étonne absolument pas.

@xe a dit…
2 décembre 2008 à 17:41  

Y va y avoir des élections avant 18 mois s'il y a coalition, Duceppe va trop demander à moment donné.

1. Harper risque de proroger la session, représenter un budget gauchiste et ils pourront pas le defaire sans avoir l'air de juste vouloir le pouvoir. C'est le meilleur moment pour proroger une session, le temps des fêtes alors que tlm est écoeuré de la politique, le dommage d'une prorogation sera probablement moins grand qu'en temps normal.

2. Un cabinet avec personne de l'Alberta et de la Saskatchewan à part p-ê la npd de Edmonton, ça va être vu comme trahir l'ouest au profit du Québec. Veulent-ils encore des blocs régionaux?

Latest projections

Latest projections
Click for detailed projections

Au sujet du blogue

Scientifiquement justes, politiquement incorrects
Une erreur est survenue dans ce gadget

Auteurs

Bryan Breguet est candidat au doctorat en sciences économiques à l’université de Colombie-Britannique. D’origine Suisse, il a passé les cinq dernières années au Québec au cours desquelles il s’est engagé en politique provinciale malgré le fait qu’il ne possédait pas encore la citoyenneté canadienne. Il détient un B.Sc en économie et politique ainsi qu’une maitrise en sciences économiques de l’université de Montréal. Récipiendaire de plusieurs prix d’excellences et bourses, il connaît bien les méthodes quantitatives et leurs applications à la politique.







Vincent Geloso holds a master’s degree in economic history from the London School of Economics, with a focus on business cycles, international development, labor markets in preindustrial Europe and the new institutional economics. His research work examined the economic history of the province of Quebec from 1920 to 1960. He holds a bachelor’s degree in economics and political science from the Université de Montréal. He has also studied in the United States at the Washington Centre for Academic Seminars and Internships. Mr. Geloso has been an intern for the Prime Minister’s cabinet in Ottawa and for the National Post. He has also been the recipient of a fellowship from the Institute for Humane Studies and an international mobility bursary from the Ministère des Relations internationales du Québec. Currently, he is an economist at the Montreal Economic Institute.

GB pour Geloso-Breguet's Fan Box

TopBlogues Add to Technorati Favorites