Pourquoi personne ne dénonce cette aide éhontée?

mardi 23 décembre 2008 ·

Depuis plusieurs mois, les accusations à l’effet que le marché est incapable de se corriger seul se multiplient et donc le gouvernement devrait intervenir massivement. L’accusation est ridicule puisque depuis des mois, les gouvernements multiplient les interventions qui empêchent le marché de se corriger. L’exemple le plus pathétique est celui de l’aide au secteur de l’automobile.

L’économiste autrichien Joseph Schumpeter a inventé le terme le plus magnifique de la science économique lorsqu’il a mis sur papier « la destruction créatrice ». Ce processus fait en sorte que de nouvelles découvertes innovatrices éliminent des procédés moins efficaces parce qu’elles produisent plus avec moins. Ainsi le niveau de productivité augmente et on crée davantage de richesses parce qu’on peut satisfaire plus aisément nos désirs. Ainsi l’iPod s’est substitué au CD qui avait remplacé le vieux disque de vinyle ou comme le DVD a remplacé la vidéocassette. Bloquer ce mécanisme, c’est exactement comme si on avait demandé à Apple de ne pas développer l’iPod parce que ca pourrait faire mal à l’industrie du CD. Auriez-vous fait une telle chose?

Le même raisonnement s’applique à l’industrie automobile. À la fin de la seconde guerre mondiale, les producteurs étrangers (notamment japonais) ont adopté des nouveaux modes de gestion, des nouvelles technologies ainsi que des nouvelles approches stratégiques qui ont fait en sorte qu’ils sont capables de produire plus efficacement que les producteurs nord-américains. C’est pour cela que les producteurs automobiles en Amérique du Nord ont vu les producteurs étrangers grugés leurs parts de marché. Les consommateurs sont les gagnants principaux de cela puisqu’ils bénéficient d’automobiles qui sont moins chères (et moins chères à opérer, l’efficacité énergétique des automobiles légères a augmenté de 71% depuis 1973 et l’indice composite d’efficacité de tous les véhicules a augmenté de 43% entre 1973 et 1991). Les consommateurs ont donc plus d’argent dans leurs poches qu’ils peuvent dépenser ailleurs sur d’autres industries, ils font donc plus avec moins. Il est encore plus intéressant de comparer les bilans de GM et Toyota, pour un volume de ventes similaire, GM a accusé des pertes de $38.7 milliards en 2007 et Toyota a déclaré des profits de $17.1 milliards. Par véhicule, GM a perdu plus de $4,000 alors que Toyota a fait plus de $1,800 de profit par véhicule. Si Toyota fait un tel profit, c’est parce qu’elle offre aux consommateurs ce qu’ils désirent au meilleur prix possible. General Motors n’est apparemment pas capable.

Pourtant depuis les années 1970, on s’affaire à aider les producteurs inefficaces de manière considérable par des subventions, des garanties de prêts et même convaincre les pays exportateurs de restreindre « volontairement » leurs exportations. Alors que d’autres produisent plus efficacement, on s’entête à envoyer des ressources publiques à des gens qui ne sont pas capables d’en faire un usage productif. C’est injuste pour ceux qui sont plus productifs puisqu’on les taxe implicitement en aidant des compétiteurs qui vendent des produits plus chers aux consommateurs qui préfèrent les produits importés.

Normalement, ces compagnies qui vivent des deniers publics auraient du mourir il y a fort longtemps et le processus de destruction créatrice aurait agi. Nos ressources limitées auraient servies à produire plus de richesse réelle nous permettant de réaliser nos désirs. Comme le disait Schumpeter, « le capitalisme, répétons-le, constitue, de par sa nature, un type ou une méthode de transformation économique et, non seulement il n'est jamais stationnaire, mais il ne pourrait jamais le devenir ». Arrêtons de vouloir être stationnaire en aidant les producteurs qui périclitent inexorablement.

2 commentaires:

Miki a dit…
24 décembre 2008 à 08:31  

Pour ton information, Toyota prévoit faire un déficit de 1,7 millions de dollars US
"Japan’s trade deficit grows; Toyota to post loss
Posted: 04:44 AM ET

TOKYO, Japan (CNN) — The Japanese economy took a triple dose of bad news on Monday as the global financial crisis took a big bite out of demand for the nation’s products.

Japan posted a trade deficit for the second month in a row as exports tumbled, the Finance Ministry reported. Japan reported a 223.4 billion yen ($2.5 billion) deficit in November. Global exports were down 26 percent, while exports to the United States slumped 33 percent.

“Japan’s economic conditions have been deteriorating,” the Bank of Japan said in another report released Monday. “Exports have decreased. Corporate profits have continued to decrease, and business sentiment has also deteriorated.”

A slumping global economy is also hurting the bottom line at Toyota. The Japanese automaker said on Monday that its net revenues are down 6.3 percent compared to a year ago. Toyota predicted it will post an operating loss for the year — it’s first ever — of 150 billion yen ($1.7 billion).
"

Ensuite, compare la différence de prix entre les 2 véhicules a l'achat. La différence de prix est a peut pres la différence de profit! Ensuite, les japonais ont ils la convention collective de béton que les employés de GM ont?

Source: http://cnnwire.blogs.cnn.com/2008/12/22/japans-trade-deficit-grows-toyota-to-post-loss/

Stephane.G a dit…
4 janvier 2009 à 10:25  

drôle que les drettistes chialent contre l'aide au secteur automobile mais n'ont rien dit a l'aide aux banques pourtant quand on regarde les salaires des banquiers (plusieurs ont des salaires au de la du million par année) je trouve pas que les banques fesaient plus pitiees

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Auteurs

Bryan Breguet est candidat au doctorat en sciences économiques à l’université de Colombie-Britannique. D’origine Suisse, il a passé les cinq dernières années au Québec au cours desquelles il s’est engagé en politique provinciale malgré le fait qu’il ne possédait pas encore la citoyenneté canadienne. Il détient un B.Sc en économie et politique ainsi qu’une maitrise en sciences économiques de l’université de Montréal. Récipiendaire de plusieurs prix d’excellences et bourses, il connaît bien les méthodes quantitatives et leurs applications à la politique.







Vincent Geloso holds a master’s degree in economic history from the London School of Economics, with a focus on business cycles, international development, labor markets in preindustrial Europe and the new institutional economics. His research work examined the economic history of the province of Quebec from 1920 to 1960. He holds a bachelor’s degree in economics and political science from the Université de Montréal. He has also studied in the United States at the Washington Centre for Academic Seminars and Internships. Mr. Geloso has been an intern for the Prime Minister’s cabinet in Ottawa and for the National Post. He has also been the recipient of a fellowship from the Institute for Humane Studies and an international mobility bursary from the Ministère des Relations internationales du Québec. Currently, he is an economist at the Montreal Economic Institute.

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