Pourquoi je ne considère pas Keynes comme un libéral

mercredi 17 décembre 2008 ·

Avec la situation économique actuelle, plusieurs s'amusent à ramener en vie les idées de John Maynard Keynes. Je ne nie pas son effet sur la science économique et l'histoire de cette science, bien au contraire. Néanmoins, j'admet avoir des difficultés avec le personnage que certains tentent de me vendre comme un brave qui a tenté de sauver le capitalisme lors de la grande dépression. Je soumet cette affirmation à de vastes critiques.

En premier lieu, il est facile de dire que le marché a échoué dans son auto-correction alors que dans les derniers 6 mois, les gouvernements ont passé le plus clair de leur temps à intervenir sur une échelle sans précédent dans l'économie multipliant les plans de sauvetage (et de l'automobile) les déficits, les plans de relance et la reréglementation des marchés. C'est un peu comique comme accusation quand l'intervention gouvernementale a tout fait pour empêcher la correction des marchés.

Mais bon, ceux qui disent que le marché ne s'est pas corrigé disent aussi qu'il faut sauver le capitalisme de lui-même. Pour ce faire, ils invoquent l'âme de John Maynard Keynes qu'ils qualifient de grand économiste libéral. Il était un économiste soit, mais pas du tout libéral. Keynes est peut-être paru publiquement comme un libéral faisait appel à certains sentiments libéraux sur le plan social. Mais il a fait plusieurs déclarations qui peuvent nous laisser sceptique. Comme le souligne l'historien Ralph Raico, l'oeuvre de Keynes (Théorie Générale) a été accueuillie avec beaucoup d'enthousiasme de la part des dirigeants nazis. Ce n'est pas une culpabilité par association ici, Keynes faisait un appel directement à eux lorsqu'il disait (Théorie Générale):
"qu'il va sans dire que la théorie de la production dans son ensemble, que ce livre cherche à présenter, s'adapte beaucoup mieux aux conditions d'un État totalitaire, que ne le fait la théorie de la production et de la répartition d'une production donnée, lorsqu'elle est réalisée dans les conditions de la libre concurrence, avec une large dose de laissez-faire"
Il a par la suite endossé le livre de Sidney et Beatrice Webb, deux artisans communistes Britanniques qui ont fait l'objet de critiques pour leur livre Soviet Communism. Les auteurs ont été en Russie soviétique ou ils furent alimentés de citations, statistiques (prouvées bidons) et entrevues pour illustrer la grandeur du régime communiste. Keynes en a fait une revue très élogieuse(toujours dans Raico) :
But the new system is now sufficiently crystallised to be reviewed. The result is impressive. The Russian innovators have passed,not only from the revolutionary stage, but also from the doctrinaire stage.There is little or nothing left which bears any special relation to Marx and Marxism as distinguished from other systems of socialism. They are engaged in the vast administrative task of making a completely new set of social and economic institutions work smoothly and successfully over a territory so extensive that it covers one sixth of the land surface of the world.
Néanmoins, cette version est contradictoire avec le biographe de Keynes, Robert Skidelsky qui dit que son histoire d'amour avec la Russie est morte en 1928 lors d'une visite au pays. Néanmoins, la critique fut écrite en 1936. Soit Keynes a changé d'avis, soit il a écrit cette revue littéraire pour plaire à ses amis les Webbs.

Par ailleurs, le mépris documenté (Skidelsky et Alain Minc en parlent considérablement dans leurs livres - je recommande personellement celui de Minc) de Keynes pour l'argent et la spéculation (alors qu'il était spéculateur lui-même) nous permet d'entrevoir la complexité illisible de Keynes. Ce dernier aimait beaucoup l'Union Soviétique justement à cause de l'élimination de la quête du profit même si il en détestait les horreurs (comme le mentionne Skidelsky). Néanmoins, l'élimination de la propriété privée, la nationalisation des profits et tout ce qui représente un systéme communiste est l'origine même du désastro politico-économique qu'est la Russie soviétique(voir Raico).

Néanmoins, Keynes a dit et fait toutes ces choses en affirmant maintes fois leur contraire. Il ne s'agit de simples changements d'avis (j'ai déjà été de gauche), mais d'incohérences profondes. Par exemple, il a écrit Traité sur la Monnaie qui a été critiqué par l'économiste autrichien F.A Hayek. Quand Hayek lui demanda ce qu'il pensait de sa critique, Keynes lui dit qu'elle importait peu puisqu'il avait changé complétement d'avis. Finalement, plus tard il reprit d'importants éléments de cette même oeuvre pour composer d'autres oeuvres. Ce qui a fait en sorte que Hayek et les autres économistes libéraux britanniques (Hayek était citoyen britannique au cours des années 30) à ne pas réagir trop fermement contre Keynes puisqu'il allait changer d'avis avant que leurs critiques ne soient publiés.

L'individu n'a jamais explicitement souhaité sauver le capitalisme. Il n'a jamais explicitement souhaiter sa mort non plus. Il a juste été difficile à suivre intellectuellement et très incohérent par moments. Mais il est clair que Keynes ne souhaitait pas sauver le capitalisme de lui-même.

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Auteurs

Bryan Breguet est candidat au doctorat en sciences économiques à l’université de Colombie-Britannique. D’origine Suisse, il a passé les cinq dernières années au Québec au cours desquelles il s’est engagé en politique provinciale malgré le fait qu’il ne possédait pas encore la citoyenneté canadienne. Il détient un B.Sc en économie et politique ainsi qu’une maitrise en sciences économiques de l’université de Montréal. Récipiendaire de plusieurs prix d’excellences et bourses, il connaît bien les méthodes quantitatives et leurs applications à la politique.







Vincent Geloso holds a master’s degree in economic history from the London School of Economics, with a focus on business cycles, international development, labor markets in preindustrial Europe and the new institutional economics. His research work examined the economic history of the province of Quebec from 1920 to 1960. He holds a bachelor’s degree in economics and political science from the Université de Montréal. He has also studied in the United States at the Washington Centre for Academic Seminars and Internships. Mr. Geloso has been an intern for the Prime Minister’s cabinet in Ottawa and for the National Post. He has also been the recipient of a fellowship from the Institute for Humane Studies and an international mobility bursary from the Ministère des Relations internationales du Québec. Currently, he is an economist at the Montreal Economic Institute.

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