Des médias partisans?

mercredi 12 novembre 2008 ·

Intéressant de comparer les deux titres du Devoir et de Cyberpresse relatifs à la même nouvelle: le rapport du vérificateur général. Regardez-vous même:

Cyberpresse:

Le Devoir:

Alors, bien partisan ou interprétation différente? Car j'avoue moi-même être un peu perdu entre les déficits accumulés, les futures déficits, les déficits qui n'en sont pas... Je tâcherai de regarder cela de plus près, toute aide étant la bienvenue.

7 commentaires:

louisp a dit…
12 novembre 2008 à 07:54  

Si je ne me trompe pas, les années précédentes il y avait déficit...mais pas cette année. Bref au cumul on est déficitaire.
Mais la Ministre avait seulement dit qu'il y avait un surplus cette année. Elle jouait avec les mots.

Anyways..c'est ce que je comprend.

Philippe-Olivier Daniel a dit…
12 novembre 2008 à 08:26  

En fait c'est une question d'interprétation comptable. D'un point de vue disons "économique", l'argent est belle et bien sonnante et dans les coffres. Cependant, d'un point de vue comptable, il y aurait une dette que le gouvernement compte amortir (rembourser) sur plusieurs années alors que le vérificateur lui est d'avis qu'il faut quand-même l'inscrire "d'un coup" au bilan et ainsi enregistrer un déficit. De telles querelles font souvent face dans le privé, mais ce qui est certain, c'est que d'un point de vue économique, ou devrais-je dire réel, on a un surplus. En effet, l'argent est dans les coffres et la dette controversée ici sera effectivement amortie sur plusieurs années et non une seule.

Il est dommage toutefois que la plupart des gens ne comprennent pas cette notion comptable et vont fort probablement tenter d'utiliser ça contre Jean Charest. Mais pour les avertis, vous devez comprendre ceci: on a un surplus, malgré le zèle du vérificateur général.

Le Rapport Minoritaire a dit…
12 novembre 2008 à 21:49  

Je ne suis pas un expert en comptabilité, mais je suis plutôt sûr qu'on ne peut pas amortir une dette... l'amortissement est une façon de refléter l'usure d'une immobilisation, ce que l'on amortit est en fait le choc qui se produira lorsque l'immobilisation deviendra inutilisable. Par exemple, j'achète un camion qui me durera 5 ans, après coup je m'en débarasse. La valeur sera donc amortie de 20% par an dans le bilan, et au bout de 5 ans le camion n'aura plus de valeur comptable.

Par opposition, toute dette doit immédiatement être inscrite en totalité dans le passif, parce qu'elle ne perd de valeur comptable que lorsqu'elle est effectivement remboursée, au rythme du remboursement, et les intérêts de la dette ne font pas partie de ce passif, il s'agit en effet d'une charge.

Dites-moi si je me trompe...

Philippe-Olivier Daniel a dit…
13 novembre 2008 à 10:24  

Oui vous vous trompez,

Vous faîtes allusion à de l'amortissement de capital et non d'un passif. Amortir un passif revient à dire rembourser une dette. D'ailleurs, le vérificateur tente d'appliquer ici les PCGR et non un modèle reflétant la budgétisation fiscales et entrées et sorties de fonds réelles des coffres du gouvernements. Cette dispute revient un peu à "s'enfarger" dans les fleurs du tapis. En effet, ce qui importe réellement n'est pas de s'obstiner sur la façon d'écrire aux livre une dette, mais plutôt de déterminer si oui ou non le gouvernement finance ses activités avec un déficit opérationnel. La vérité est que non, le gouvernement n'a pas de déficit opérationnel ou "réel", mais d'un point de vue comptable (PCGR-friendly)on dirait que oui. Seulement, les écritures comptables au bilan ne révèlent pas les réels flux monétaires dont le gouvernement dispose ni lesquelles il doit, mais plutôt un modèle rapprochant les sorties et les entrées de fond pour faciliter une continuité de l'observation de l'information comptable. Pour faire une histoire courte, cela veut dire qu'en fin de compte on a pas eu à emprunter plus que ce qu'on a du payer. Est-ce plus clair?

Anonyme a dit…
13 novembre 2008 à 13:45  

Bryan: oui merci bcp, mais dis-moi, est-ce le cas seulement pour la derniere annee? ou comme le dit Louis, il y avait des deficits avant 2007-2008?

Le Rapport Minoritaire a dit…
13 novembre 2008 à 14:16  

Tout d'abord Mr. Philippe-Olivier Daniel, le gouvernement prétend suivre à la lettre les PCGR, il est donc inexact de tenter de transformer ce problème en affrontement "PCGR vs réalité".

Ensuite, je ne suis pas convaincu par votre explication en ce qui a trait au déficit opérationnel. Vous semblez vous y connaitre davantage que nous à ce sujet, expliquez-nous donc comment cet emprunt a été amorti et pourquoi les dépenses engrangées au dernier exercice ne sont pas affecté par celui-ci ? J'ai ma petite idée à ce sujet, mais j'admets avec humilité que mes connaissances sont trop minces pour affronter qui que ce soit à ce sujet. Je ne suis toutefois pas satisfait par un simple "il n'y a pas de déficit opérationnel", parce qu'en fait les PCGR sont fait spécifiquement conçus pour refléter adéquatement la réalité fiscale.

Philippe-Olivier Daniel a dit…
14 novembre 2008 à 05:33  

D'accord messieurs je m'explique:

De un, les PCGR ne sont pas conçus pour réfléter la réalité fiscale, mais comptable. Cela peut sembler ésotérique pour certains et c'est tout à fait normal; beaucouo d'étudiants en comptabilité ont de la difficulté à saisir ce concept. La comptabilité (en appliquant les PCGR) ne montre pas l'état réel tangible d'une compagnie et c'est pourquoi il y a des analystes financiers qui sont payés des millions à décortiquer les états financiers, autrement on ne ferait que lire la case "surplus" ou "profit de l'exercice" pour faire une décision de placement. La comptabilité (avec les PCGR) sert en fait de permettre d'observer les chiffres dans un contexte d'évolution linéaire dans le temps pour nous donner un aperçu de l'historique ainsi qu'une projection dans le futur si tout continu à s'apprécier ou se déprécier tel quel. La comptabilité ne donne donc pas l'état réel de l'entité, mais un état plus temporellement cohérent (ceux qui disaient que la comptabilité n'avait rien de philosophique... 1-0).

Une des règles des PCGR est la prudence (parfois appelée conservatisme). Cette règle stipule que par "prudence" une charge ou un passif (dette) doivent apparaître aux états financiers dans l'intégralité si la somme de cette dernière est connue. Or, même si cette dette ne sera payée que dans 3 ans par exemple, elle apparaîtra maintenant au bilan même si pour les 3 prochaines cela ne devrait à toute fin pratique en rien affecter les flux monétaires et la santé financière de l'entité. C'est cette règle qui fait faire du zèle à notre cher Renaud Lachance. Selon ses PCGR, il a raison; on doit lui donner. Cependant ce qui intéresse les Québécois (qui devrait du moins) est sommes-nous réellement en déficit (et non "comptablement")? La réponse est non et je vais utiliser l'exemple qui est en jeu ici:

Le gouvernement doit X$ au fédéral à rembourser sur 10 ans

Chaque année (pendant 10 ans), il remboursera (1/10)*X$ au fédéral et jamais plus.

Aux états financiers, selon le modèle du gouvernement, on écrit qu'on doit (à chaque année et dans chaque budget pour 10 ans) (1/10)*X$ car c'est ce qui affecte réellement nos flux monétaires; ici c'est le budget du gouvernement qui nous intéresse

Monsieur Lachance lui voudrait plutôt voir:

Année 1 X$
Année 2 X$ - ((1/10)*X$)
...

et ainsi de suite pendant 10 ans.

Les chances d'afficher un déficit selon cette méthode sont donc plus élevées étant donné qu'à l'année 1 X$ est 10 fois plus que (1/10)*X$.
Sauf qu'en réalité, chaque année, le montant en dollars qui sera déboursé sera effectivement (1/10)*X$ et c'est pour cela qu'afin de donner à la population l'état réel de ses finances publiques la méthode du gouvernement (fiscale) est plus appropriée.

Le problème est donc que monsieur Lachance veut appliquer des règles pour dresser un bilan (PCGR) à un budget (où ce que l'on doit utiliser est les sorties et entrées de fonds réelles).

Pour ce qui est des déficits précédents, la seule façon de le déterminer est de voir si la dette a augmenté en capital (et non en intérêt). Si la dette s'est maintenue, il n'y a eu ni déficit ni surplus, si elle a diminué c'ets qu'on a eu des surplus et si elle a augmenté c'est qu'on a eu des déficits cumulatifs. Je n'ai toutefois pas ces chiffres à ma disposition.

Finalement, ce que je voulais dire par déficit opérationnel était si les entrées de fonds (en taxes et péréquation, pas en emprunt sur le marché des capitaux)excédaient les sorties pour le gouvernement. Je crois que ce n'est pas le cas du gouvernement Charest; ils "balancent".

Si vous n'êtes toujours pas convaincu ou si je n'ai pas été clair (ce n'est pas toujours évident de vulgariser le jargon comptable), s'il vous plaît me le faire savoir et il me fera plaisir de répondre à vos questions.

Cordialement,

Philippe-Olivier

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Auteurs

Bryan Breguet est candidat au doctorat en sciences économiques à l’université de Colombie-Britannique. D’origine Suisse, il a passé les cinq dernières années au Québec au cours desquelles il s’est engagé en politique provinciale malgré le fait qu’il ne possédait pas encore la citoyenneté canadienne. Il détient un B.Sc en économie et politique ainsi qu’une maitrise en sciences économiques de l’université de Montréal. Récipiendaire de plusieurs prix d’excellences et bourses, il connaît bien les méthodes quantitatives et leurs applications à la politique.







Vincent Geloso holds a master’s degree in economic history from the London School of Economics, with a focus on business cycles, international development, labor markets in preindustrial Europe and the new institutional economics. His research work examined the economic history of the province of Quebec from 1920 to 1960. He holds a bachelor’s degree in economics and political science from the Université de Montréal. He has also studied in the United States at the Washington Centre for Academic Seminars and Internships. Mr. Geloso has been an intern for the Prime Minister’s cabinet in Ottawa and for the National Post. He has also been the recipient of a fellowship from the Institute for Humane Studies and an international mobility bursary from the Ministère des Relations internationales du Québec. Currently, he is an economist at the Montreal Economic Institute.

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