Le déficit zéro : un outil politique

jeudi 23 octobre 2008 ·

Par Bryan et Vincent
Cette semaine, Jean Charest a fait la promesse que le Québec ne retournerait pas en situation de déficit, alors que Mario Dumont a demandé au gouvernement de se livrer à un exercice d’économie keynésienne et dépenser pour stimuler la demande. Mais Mario Dumont a manqué une opportunité en or – qu’il n’a pas manquée dans le passé – de rappeler à Jean Charest que le déficit zéro n’est avant tout qu’un outil politique.

En théorie, un déficit zéro implique que nous ne nous endettons pas davantage. Alors comment pouvons-nous expliquer que la dette du Québec continue d’augmenter à chaque exercice financier du gouvernement. En fait, depuis l’élection de Jean Charest en 2003, la dette est passée de 95 milliards à 126 milliards. Si le déficit zéro existait, la dette n’augmenterait pas. Cela implique nécessairement des normes comptables douteuses qui excluent les petites choses déplaisantes qui, lorsque prises ensembles, affectent significativement les finances du gouvernement.
La promesse de Jean Charest est donc fausse, non pas car il n’a pas l’intention de la tenir, mais parce que l’hypothèse de départ voulant que nous ayons un déficit zéro est erronée. Mais ce jeu politique de la sanctification du faux déficit zéro produit des effets pervers. Ce faux déficit zéro prend ses origines dans le désir politique de cacher les mesures politiques impopulaires pour rendre les bonbons plus attrayants. Les livres sont truqués de manière à faire croire que nous avons tous un repas gratuit, que tout le monde gagne alors que ce n’est pas le cas.

On se permet donc le luxe d’éviter les vérités déplaisantes soulignées depuis plusieurs années par des intellectuels de gauche et de droite. Car la vérité n’est de loin pas rose bonbon. La situation budgétaire du gouvernement québécois est très tendue. Pourtant, ce dernier, en niant l’absence réelle de déficit, se prive de réformes nécessaires mais également bénéfiques. Qu’il s’agisse de l’électricité subventionnée, du peu de place fait au privé dans bien des secteurs (dont la santé), des gels ou timides dégels de plusieurs tarifs ou encore des subventions à des industries vouées à disparaître, nous avons une multitudes d’exemples d’immobilisme du gouvernement. Le Québec a cette mauvaise habitude de se voiler la face et de repousser les problèmes. C’est cette même mentalité qui a produit des gels de frais de scolarité ou des primes d’assurance automobile, sans se soucier des déficits de la SAAQ ou du sous-financement systémique de l’éducation post-secondaire. Heureusement pour Québec, Jean Charest a souvent la chance de recevoir un chèque cadeau du gouvernement fédéral, mais même là, Jean Charest a refusé le plus gros cadeau possible en refusant de profiter des deux points de TPS. Cependant, ce n’est qu’avec des réformes de la fiscalité, de la gestion de l’état et du rôle du gouvernement dans l’économie que le Québec règlera son déficit structurel pour de bon.

Pourtant les solutions ont déjà été étudiées et proposée, à la demande même du gouvernement qui n’en a cependant pas profité. Preuve à l’appui, les rapports Montmarquette (tarification des services publics) et Castonguay (privé en santé) ont été tablettés à toutes fins pratiques. Le faux déficit zéro nous renforce dans cette tentative de fuir la réalité, mais il aide des politiciens à dire n’importe quoi et s’en tirer.

Au lieu de poser une question sur le déficit zéro, Mario Dumont aurait dû questionner Jean Charest sur les raisons de son immobilisme face à une situation budgétaire déficitaire. En fait, Mario Dumont aurait pu énoncer ses propositions. Mais cela est naturellement beaucoup plus compliqué.

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Auteurs

Bryan Breguet est candidat au doctorat en sciences économiques à l’université de Colombie-Britannique. D’origine Suisse, il a passé les cinq dernières années au Québec au cours desquelles il s’est engagé en politique provinciale malgré le fait qu’il ne possédait pas encore la citoyenneté canadienne. Il détient un B.Sc en économie et politique ainsi qu’une maitrise en sciences économiques de l’université de Montréal. Récipiendaire de plusieurs prix d’excellences et bourses, il connaît bien les méthodes quantitatives et leurs applications à la politique.







Vincent Geloso holds a master’s degree in economic history from the London School of Economics, with a focus on business cycles, international development, labor markets in preindustrial Europe and the new institutional economics. His research work examined the economic history of the province of Quebec from 1920 to 1960. He holds a bachelor’s degree in economics and political science from the Université de Montréal. He has also studied in the United States at the Washington Centre for Academic Seminars and Internships. Mr. Geloso has been an intern for the Prime Minister’s cabinet in Ottawa and for the National Post. He has also been the recipient of a fellowship from the Institute for Humane Studies and an international mobility bursary from the Ministère des Relations internationales du Québec. Currently, he is an economist at the Montreal Economic Institute.

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