En défense du Cégep en anglais

dimanche 22 novembre 2009 ·

SOUMIS À LA PRESSE
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En défense du Cégep en anglais
Vincent Geloso et Bryan Breguet
Les auteurs sont tous deux bacheliers d’économie et politique de l’Université de Montréal et étudient respectivement à la maîtrise en histoire économique à la London School of Economics et au doctorat en science économique à l’Université de la Colombie-Britannique.

Depuis quelques semaines l’idée du Cégep en anglais circule dans les médias. Selon ses partisans, une telle mesure permettrait de revaloriser un français supposément en déclin au Québec. Nous sommes contre une telle politique non seulement parce qu’elle se base sur un faux constat, mais également car son utilité est très discutable.

Premièrement, la supposée crise du français n’existe pas. Un simple regard aux données de Statistiques Canada nous le prouve. Le français comme langue d’usage augmente au Québec. Regarder les statistiques concernant la langue maternelle est trompeur et néglige l’intégration observées des immigrants. S’il est vrai que seulement 55% des immigrants déclarent pouvoir bien ou très bien parler français six mois après leur arrivée, ce chiffre grimpe à 73% quatre ans plus tard. Ces mêmes chiffres sont respectivement de 40% et 54% pour l’anglais. Il est également à noter que selon les données du recensement de 2006, 51% des allophones avaient adopté le français comme langue parlée à la maison, comparativement à 46% en 2001 et 39% en 1996. Toutes les statistiques pointes ainsi vers un renforcement du français, y compris auprès des allophones.

Deuxièmement, quelle est la clientèle des cégeps anglophones? Majoritairement, il s’agît de personnes ayant suivi leur formation primaire et secondaire en anglais, une clientèle qui ne serait aucunement touchée par la mesure proposée. Plusieurs analystes et commentateurs (ainsi que des formations politiques) font grand bruit de la statistique montrant que 50% des allophones ont choisi le cégep en anglais. Ils oublient naturellement de préciser que ce nombre était de 80% en 1981 et de 54% en 1992. Mais de-delà de cette tendance, ces mêmes commentateurs semblent oublier un fait important dans l’apprentissage d’une langue : c’est plus facile quand on est jeune. Qu’un immigrant allophone décide d’étudier en anglais rendu au cégep après avoir suivi sa formation obligatoire en français (du à la loi 101) ne pose pas de véritable problème. Nous doutons qu’il va « désaprendre » le français si rapidement. Ainsi, étendre la loi 101 aux cégeps engendrerait vraisemblablement un petit gain auprès des immigrants non-francophones arrivant au Québec lorsqu’ils ont 15 ou 16 ans environ. Voulons-nous vraiment priver les étudiants francophones désireux de parfaire leur anglais en faisant deux ans de cégep anglophone afin de faire quelques gains mineurs pour le français? Après tout, la plupart des dirigeants souverainistes eux-mêmes l’affirment : il est primordial que les Québécois soient bilingues afin de mieux réussir sur le marché du travail.

Nous sommes ravis de voir que nos dirigeants politiques se soucient d’identité et d’intégration. Il vaudrait mieux cependant qu’ils regardent le problème objectivement et cherchent des mesures efficaces afin d’inciter les immigrants à s’intégrer. Car malheureusement, étendre la loi 101 aux cégeps n’en fait par partie.

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Auteurs

Bryan Breguet est candidat au doctorat en sciences économiques à l’université de Colombie-Britannique. D’origine Suisse, il a passé les cinq dernières années au Québec au cours desquelles il s’est engagé en politique provinciale malgré le fait qu’il ne possédait pas encore la citoyenneté canadienne. Il détient un B.Sc en économie et politique ainsi qu’une maitrise en sciences économiques de l’université de Montréal. Récipiendaire de plusieurs prix d’excellences et bourses, il connaît bien les méthodes quantitatives et leurs applications à la politique.







Vincent Geloso holds a master’s degree in economic history from the London School of Economics, with a focus on business cycles, international development, labor markets in preindustrial Europe and the new institutional economics. His research work examined the economic history of the province of Quebec from 1920 to 1960. He holds a bachelor’s degree in economics and political science from the Université de Montréal. He has also studied in the United States at the Washington Centre for Academic Seminars and Internships. Mr. Geloso has been an intern for the Prime Minister’s cabinet in Ottawa and for the National Post. He has also been the recipient of a fellowship from the Institute for Humane Studies and an international mobility bursary from the Ministère des Relations internationales du Québec. Currently, he is an economist at the Montreal Economic Institute.

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